FemResLa revue vivante

Justice du handicap · Commentaire

L'intimité forcée : une norme validiste

Chapô

Mingus nomme l'expérience structurelle par laquelle les personnes handicapées sont forcées de dévoiler corps, besoins, histoires médicales et vulnérabilité pour accéder à la survie ordinaire.

FemRes / 6 août 2017
01

Analyse de l'article

Mia Mingus appelle « intimité forcée » une condition ordinaire de la vie handicapée : pour obtenir un accès, un service ou les moyens de survivre, il faut souvent révéler à des inconnus ou à des institutions un diagnostic, une douleur, des fonctions corporelles, un traumatisme et des besoins privés. La contrainte peut aussi être physique, lorsqu’un fauteuil est déplacé sans consentement ou qu’une aide impose un contact non désiré. Mingus oppose cette situation à l’intimité d’accès, fondée sur la compréhension, la compétence et la confiance plutôt que sur la supplication et la gratitude.

L’essai élargit ainsi la réflexion féministe sur le consentement au-delà de la sexualité. Hôpitaux, écoles, lieux de travail, aéroports, familles et mouvements militants peuvent tous subordonner l’accès à une exposition de soi. Le handicap s’y articule à la race, au genre, à la classe, à la migration, à l’adoption et à la sexualité : certaines personnes doivent davantage prouver qu’elles sont crédibles et dignes d’aide. Même une assistance bienveillante reproduit la domination si les personnes valides en fixent seules les modalités.

Mingus ne rejette pas l’interdépendance. Elle refuse plutôt l’alternative entre autonomie isolée et dépendance coercitive, et montre qu’un accès construit par le consentement peut transformer les relations. Pour une éthique féministe du care, l’aide n’est donc pas un simple résultat logistique : elle doit préserver à la fois l’autonomie corporelle et la responsabilité collective. Ce texte fournit un critère concret pour repenser formulaires, soins, événements et cultures militantes : donner d’abord des informations et de vrais choix, au lieu d’exiger d’abord l’intimité.

02

Poursuivre cette question

01
Pour aller plus loin / 5 mai 2011

Intimité d'accès : le chaînon manquant

Mia Mingus

02
Pour aller plus loin / 12 février 2011

Changer le cadre : justice du handicap

Mia Mingus

03
Pour aller plus loin / 10 juin 2015

Justice du handicap : une ébauche de travail

Patty Berne

Réponses des lecteurs

Courrier des lecteurs

Répondez à cet article ou ajoutez une source utile au débat.

Rejoindre la discussion

Réponses

Chargement des commentaires...

Soutenir

Si ce contenu vous a été utile

Soutenir FemRes