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Le patriarcat du salaire : Notes sur Marx, le capitalisme et le féminisme

Droits des femmes · Livres

Le patriarcat du salaire : Notes sur Marx, le capitalisme et le féminisme

Titre originalPatriarchy of the Wage: Notes on Marx, Capitalism, and Feminism

AuteurSilvia Federici

Pierre angulaire théorique du mouvement 'Un salaire pour le travail ménager', Silvia Federici explore comment le capitalisme a systématiquement invisibilisé et exploité le travail reproductif des femmes. Cette collection d'essais souligne les limites du marxisme traditionnel et révolutionne l'économie féministe contemporaine.

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Critique et guide de lecture

Publié en 2021, « Le patriarcat du salaire : Notes sur Marx, le capitalisme et le féminisme » (Patriarchy of the Wage: Notes on Marx, Capitalism, and Feminism) de Silvia Federici est une collection d’essais vitale et provocante de l’une des penseuses féministes autonomistes les plus influentes de notre époque. Il explore l’intersection du capitalisme, du travail et du patriarcat. Résumant des décennies de recherche et de militantisme ancrés dans le mouvement « Wages for Housework » (Un salaire pour le travail ménager) des années 1970, Federici dissèque méticuleusement comment l’institution du « salaire » elle-même a fonctionné comme un outil pour marginaliser le travail des femmes et renforcer la domination masculine.

L’auteure, Silvia Federici, est une historienne et militante sociale renommée pour son ouvrage « Caliban et la Sorcière ». Elle a redéfini le concept d’« accumulation primitive » en montrant comment le corps des femmes et le prétendu travail reproductif ont été systématiquement expropriés dans l’histoire de l’accumulation du capital. Dans cet ouvrage, elle propose une relecture critique du « Capital » de Karl Marx d’un point de vue féministe, prouvant que la « production de la force de travail » — le travail reproductif que Marx a négligé — est en fait le moteur caché du système capitaliste.

L’argument central du livre est que le « salaire » dans le capitalisme n’est pas seulement une forme de paiement économique, mais une distribution du « pouvoir social ». Le capitalisme a défini le travail en usine comme un « travail salarié valorisé » tout en redéfinissant les soins aux enfants, les tâches ménagères et l’assistance fournis au sein du foyer comme des « services naturels et gratuits basés sur l’amour ». Cette division est l’essence même du « patriarcat du salaire », rendant les femmes économiquement dépendantes des hommes et introduisant une division décisive au sein de la classe ouvrière.

Federici critique vivement Marx pour s’être concentré uniquement sur la plus-value résultant des sites de production (bureaux et usines) tout en ignorant le travail dans les lieux où cette force de travail elle-même est « reproduite » (le foyer). Selon elle, si les travailleurs peuvent se rendre à leur travail chaque matin en bonne santé et motivés, c’est parce que quelqu’un a préparé les repas, lavé les vêtements et fourni un soutien émotionnel sans rémunération. Le capitalisme a maximisé ses profits en traitant cette vaste quantité de travail non rémunéré des femmes comme une « ressource naturelle », semblable à l’air ou à l’eau, destinée à être gratuite.

D’un point de vue féministe, « Le patriarcat du salaire » est un guide indispensable pour reconsidérer l’autonomie des femmes sous un angle économique. Federici soutient que la véritable libération ne vient pas simplement de l’entrée des femmes sur le marché du travail (ce qu’on appelle la « double journée »). La participation au travail salarié mène souvent à une forme différente d’exploitation, comme le fait d’être confinée dans des emplois de soins à bas salaire. Elle appelle à une véritable transformation exigeant la reconstruction de la vie elle-même : la création d’une nouvelle forme sociale centrée sur « les communs », visant le soin plutôt que le profit.

Le livre retrace également comment le concept de « salaire » a été historiquement introduit et comment il a remodelé les systèmes familiaux et les identités de genre. Federici détaille le processus par lequel la « famille nucléaire » a été conçue comme une « usine de production de force de travail » à la demande du capitalisme. Historiquement, les hommes ont reçu le rôle de « gestionnaires » du travail des femmes grâce au pouvoir conféré par le salaire. Cette analyse historique offre une perspective profonde pour comprendre les inégalités et les tensions contemporaines entre les genres.

D’un point de vue mondial, la discussion de Federici est de la plus haute importance. Elle souligne comment les politiques néolibérales dans l’économie mondiale moderne détruisent la vie des femmes dans les pays du Sud, les poussant une fois de plus vers la dépossession des terres et un travail de type servile pour le capital. La moderne « chaîne mondiale du soin » — où des femmes de pays en développement s’occupent des tâches ménagères et des soins dans les pays développés — n’est rien d’autre que l’expansion du patriarcat du salaire au-delà des frontières avec des hiérarchies raciales.

En ce qui concerne la santé mentale, l’ouvrage suggère à quel point le travail reproductif est éprouvant psychologiquement et comment le déni continu de sa valeur a profondément endommagé l’estime de soi et l’identité des femmes. Federici souligne comment le travail émotionnel et le soutien psychologique sont expropriés en tant que « travail invisible », mentionnant la « culpabilité » structurelle qui force celles qui prodiguent des soins à sacrifier leurs propres besoins.

La prose de Federici est calme mais empreinte d’une volonté de combat. Elle utilise les mots non pas comme une théorie pour la théorie, mais comme des outils pour la « lutte » qui cherche constamment le changement. Tout en respectant le marxisme, le livre pointe courageusement ses angles morts et plaide pour une grande théorie qui place les femmes, les peuples colonisés et toute la sphère de la « reproduction » — y compris la Terre — au centre de la théorie sociale.

« Le patriarcat du salaire » a été publié en 2021, à une époque où la pandémie de COVID-19 a exposé l’indispensabilité et la vulnérabilité du travail de soin dans le monde entier. L’ouvrage de Federici a imposé la reconnaissance du fait que les systèmes économiques que nous tenions pour acquis étaient fondés sur des sacrifices injustes, donnant à de nombreux lecteurs l’énergie de viser un avenir plus juste plutôt que de revenir à la « normale ». C’est une lecture essentielle pour aborder simultanément la crise écologique et l’inégalité de genre.

En conclusion, l’œuvre de Silvia Federici élève la critique du capitalisme d’une simple dénonciation de l’exploitation économique à un mouvement pour la libération de la « vie » dans son intégralité, englobant le corps et même l’amour. Elle présente une vision d’un avenir difficile mais brillant où nous prenons soin les uns des autres et vivons ensemble au-delà des chaînes du salaire, étayée par une théorie solide et de la passion. Ses mots continuent d’allumer un feu tranquille de transformation dans le cœur des militants, des chercheurs et des travailleurs qui vivent leur vie pleinement chaque jour.

En lisant ce livre, nous acquérons le pouvoir de recadrer les scènes quotidiennes de la cuisine ou de la chambre d’enfant comme les lignes de front de la lutte contre le capitalisme. Ce que Federici démontre, c’est la vérité selon laquelle se réapproprier le processus de reproduction entre nos propres mains est la révolution la plus puissante. En ce sens, « Le patriarcat du salaire » sert de jalon immortel vers une société où chaque être humain peut travailler, aimer et vivre avec une véritable liberté.

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