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La Vie invisible d’Eurídice Gusmão

Féminisme latino-américain · Écran

La Vie invisible d’Eurídice Gusmão

Titre originalA Vida Invisível de Eurídice Gusmão

Un mélodrame tropical sur deux sœurs séparées par la tromperie patriarcale, révélant comment les ambitions, le travail, la sexualité et la parenté des femmes sont rendus invisibles dans le Brésil du milieu du siècle.

Réalisateur
Karim Aïnouz
Année
2019
Région
Brésil / Allemagne
Durée
139 min

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Eurídice rêve de devenir pianiste ; Guida poursuit l’amour et rentre chez elle enceinte. Les mensonges de leur père les séparent, persuadant chacune des sœurs que l’autre a abandonné la famille. L’intrigue transforme une cruauté privée en structure sociale : l’autorité patriarcale contrôle la correspondance, la mobilité, la respectabilité et les histoires que les femmes sont autorisées à connaître les unes sur les autres.

Le mélodrame est la méthode féministe du film plutôt que l’excès décoratif. Les couleurs saturées, la musique, les larmes et les coïncidences temporelles donnent une ampleur à des pertes que l’histoire officielle considérerait comme une vie domestique ordinaire. L’ambition artistique d’Eurídice est coincée entre le mariage, le sexe, la garde des enfants et un mari qui considère son talent comme secondaire. Guida survit grâce à un travail précaire et forme une autre famille avec Filomena, dont les soins rendent visibles les solidarités au-delà du sang.

Le contraste entre les sœurs ouvre également des questions de classe et de race. Aucune des deux femmes n’est libre, mais les ressources déterminent la manière dont les punitions sont distribuées et les formes de refuge qui restent possibles. Le travail et les connaissances de Filomena empêchent l’histoire d’assimiler toute l’oppression des femmes, même si les téléspectateurs peuvent raisonnablement se demander si le film donne à sa vie intérieure suffisamment d’espace au-delà du soutien à Guida.

En traitant les vies contrariées des femmes comme des archives dignes d’une forme épique, le film remet en question l’hypothèse selon laquelle l’histoire se déroule ailleurs : dans les parlements, les guerres et les carrières publiques. Sa tragédie n’est pas que deux femmes exceptionnelles ratent leur destin, mais qu’un ordre social convertit systématiquement le temps et les relations des femmes en sacrifice invisible. Le film est particulièrement précieux pour les discussions sur le travail domestique, la sororité, le contrôle de la reproduction et le mélodrame en tant qu’historiographie féministe.

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