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Critique du patriarcat · Commentaire

La crise de la masculinité moderne

Chapô

Cet article retrace l'évolution historique de la masculinité moderne, révélant la politisation et la pathologisation du fantasme de l'« homme fort » à l'échelle mondiale, et critique la façon dont le patriarcat façonne des rôles oppressifs tant pour les hommes que pour les femmes.

FemRes / 17 mars 2018
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Analyse de l'article

Pankaj Mishra dévoile la crise profonde de la masculinité mondiale dans cette analyse pénétrante, retraçant un schéma troublant qui relie le nationaliste hindou Godse aux dirigeants contemporains comme Trump, Poutine et Duterte. La culture politique moderne, soutient-il, est saturée d’une quête pathologique de l’image de l’« homme fort » — un fantasme masculin qui non seulement opprime les femmes mais piège également les hommes eux-mêmes dans une cage suffocante d’attentes et de performance.

La politisation de la masculinité a des racines historiques profondes. Depuis le XIXe siècle, l’industrialisation et l’impérialisme ont façonné l’idéal de l’« homme fort » et l’ont lié inextricablement aux notions de nation, de race et de pouvoir. Ce fantasme a atteint son apogée horrifiant dans le fascisme et a connu un regain dramatique dans le populisme de droite contemporain à travers le monde. Mishra démontre comment la modernité occidentale a établi un ordre mondial par la division rigide du genre et de la race, excluant systématiquement les femmes du pouvoir politique et économique tout en forçant simultanément les hommes à assumer le rôle performatif du protecteur et pourvoyeur « fort ».

La réaction antiféministe contemporaine, de Godse à Jordan Peterson, révèle une psychologie de la peur profondément ancrée chez de nombreux penseurs et personnalités politiques masculins qui voient le féminisme comme une menace existentielle. Ils tentent de restaurer des privilèges perdus à travers ce qu’ils présentent comme une « refonte de la masculinité », mais qui est en réalité un accrochement désespéré à des hiérarchies obsolètes. Pourtant, Mishra souligne un point crucial souvent négligé dans ces débats : les hommes eux-mêmes sont victimes de ces normes de genre. Ils souffrent de manière disproportionnée d’alcoolisme, de suicide et de traumatismes psychologiques, mais ne peuvent exprimer leur vulnérabilité en raison d’attentes sociales écrasantes. Cette répression imposée mène directement à la violence, à la haine et à l’extrémisme politique — un cycle toxique qui nuit à tous.

La représentation culturelle joue un rôle central dans la perpétuation de ces idéaux destructeurs. D’Hollywood à Bollywood, les images du corps masculin ont été politisées, transformées en symboles de nationalisme et de pouvoir masculin. Les muscles, la violence et les caractéristiques sexuelles exagérées sont déployés pour masquer une profonde anxiété sociale et une crise identitaire. Ces images créent des standards impossibles qui laissent les hommes se sentir perpétuellement inadéquats tout en renforçant simultanément les structures mêmes qui les oppriment.

Mishra nous appelle à abandonner le fantasme de la « masculinité » telle qu’elle est actuellement construite et à faire face à ses origines historiques et à ses conséquences réelles avec une honnêteté sans faille. Il invoque la célèbre observation de Simone de Beauvoir — « On ne naît pas femme : on le devient » — et l’étend aux hommes. La masculinité, comme la féminité, est une construction sociale, pas une destinée biologique. Ce n’est qu’en reconnaissant la fragilité et la complexité masculines, en créant un espace pour que les hommes soient pleinement humains plutôt que simplement « forts », que nous pourrons véritablement sortir du cycle d’oppression de genre qui nous diminue tous. La crise de la masculinité moderne n’est pas une crise d’hommes perdant du pouvoir, mais une crise de l’humanité luttant pour émerger des ruines du patriarcat.

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