Économie du soin · Commentaire
Bien-être, autosoins et sécurité : pourquoi ces enjeux comptent pour le féminisme
Katherine Ronderos relie les dimensions personnelle, sociale et politique du soin pour montrer que le bien-être et la sécurité des militantes sont essentiels à la continuité des mouvements féministes.
Analyse de l'article
Katherine Ronderos part de la proposition féministe selon laquelle le personnel est politique et demande pourquoi le soin est si souvent relégué à la sphère privée, hors du travail des mouvements. L’épuisement, la santé et la sécurité des militantes ne relèvent pas seulement de leur capacité individuelle à s’autogérer ; ces expériences sont aussi façonnées par les cultures organisationnelles, la répartition des ressources et les conditions politiques de l’action. Lorsqu’un mouvement repose sur le sacrifice continu du temps et des corps de ses membres, et fait de cet épuisement une preuve d’engagement, le coût de sa pérennité est discrètement transféré à celles qui assument déjà des responsabilités de soin.
L’essai envisage le soin à travers trois dimensions liées : personnelle, sociale et politique. Le repos et l’attention portée à sa santé comptent, mais ne remplacent pas le soutien entre personnes et ne réparent pas les risques produits par les institutions. À l’inverse, un soutien collectif qui ignore les besoins concrets des militantes peut rester un slogan. La force de ce cadre est de ne pas réduire l’autosoin à un mode de vie consumériste. Il demande simultanément comment les individus récupèrent, comment les communautés se soutiennent et ce que les mouvements, les organisations et les bailleurs doivent transformer.
Ronderos élargit aussi la sécurité au-delà de la seule protection physique. Elle comprend l’accès aux soins de santé et à la garde des enfants, un lieu où travailler en sécurité, du temps pour réfléchir et se reposer, des relations de solidarité et la reconnaissance de la valeur du travail et de la vie des militantes. Ce déplacement change le point de départ d’un plan de sécurité : il ne s’agit pas seulement de savoir quoi faire après une agression, mais d’examiner comment les pratiques ordinaires de l’organisation répartissent les risques, le soin et le pouvoir de décision. Le soin n’est donc pas un avantage facultatif ajouté à la sécurité ; il fait partie des conditions qui rendent possible une participation politique durable.
L’essai laisse une tension qu’il faut préserver. Lorsque l’autosoin devient une obligation individuelle institutionnalisée, les pressions structurelles risquent de disparaître : on demande aux personnes épuisées de mieux se gérer tandis que les organisations, les bailleurs et le contexte politique restent inchangés. Sa portée féministe consiste à ramener les questions au collectif : qui peut se reposer, qui accomplit le travail émotionnel et logistique, et qui décide des risques acceptables ? On peut le lire avec le manifeste pour une économie du soin, élaboré par AWID et des mouvements de travailleuses domestiques. Ronderos se concentre sur le soutien aux militantes au sein des mouvements ; le manifeste rappelle que les travailleuses du soin doivent elles-mêmes disposer de droits du travail et pouvoir recevoir des soins.
Publié en 2012, cet essai de stratégie militante propose un cadre et des questions pratiques, non une évaluation actuelle des risques, un guide clinique ou un protocole de sécurité universel. L’article original d’AWID renvoie à des ressources sur la sécurité des militantes ; ces références sont des pistes de lecture, pas des contenus que ce texte bref prétend remplacer.
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