Économie féministe · Commentaire
La ségrégation professionnelle en France, 1983–2011
La Dares distingue taille des métiers et composition sexuée pour montrer pourquoi un indice de ségrégation en baisse ne prouve pas l’amélioration des emplois.
Analyse de l'article
L’entrée de davantage de femmes dans l’emploi ne signifie pas nécessairement que femmes et hommes exercent les mêmes métiers. Dans La répartition des hommes et des femmes par métiers, Dares Analyses n° 079, Julie Argouarc’h et Oana Calavrezo étudient les distributions professionnelles en France métropolitaine entre 1983 et 2011. Le progrès devient un résultat à expliquer, plutôt qu’un jugement global.
Dans quels métiers les emplois se concentrent-ils ?
Le rapport mobilise l’enquête Emploi de l’Insee, des séries historiques corrigées et des moyennes mobiles sur trois ans pour atténuer les fluctuations des petits effectifs. Il retient 86 familles professionnelles afin de préserver la comparaison dans le temps. Ces catégories regroupent des métiers et des compétences ; elles ne se confondent pas avec les secteurs d’activité des entreprises.
En 2011, dix groupes concentrent 47 % de l’emploi féminin ; les dix groupes correspondants pour les hommes en concentrent 31 %. Les soins, le nettoyage et l’enseignement occupent une place importante dans l’emploi des femmes. Il s’agit d’une concentration au sein de chaque groupe, sans affirmer que les femmes n’occupent que ces postes ou que chaque personne est dépourvue de choix.
52 n’est pas un taux de discrimination
La page 4 et l’encadré méthodologique expliquent l’indice de dissimilarité de Duncan. Une valeur d’environ 52 en 2011 signifie que, dans une redistribution hypothétique, au moins 52 % des femmes, ou alternativement la même proportion d’hommes, devraient changer de métier pour obtenir des distributions identiques.
Ce contrefactuel descriptif n’est ni une invitation à faire démissionner la moitié des travailleurs, ni la mesure de décisions de recrutement discriminatoires. Des distributions identiques n’impliquent pas non plus 50 % de femmes dans chaque métier : il faut que ce métier représente la même proportion de l’emploi féminin et de l’emploi masculin. Cette précision évite de transformer une mesure structurelle en reproche adressé aux personnes.
Une baisse peut inclure des emplois supprimés
Entre 1983 et 2011, l’indice passe d’environ 56 à 52. Le rapport distingue l’évolution du poids relatif des métiers de celle de leur composition sexuée. Le recul d’emplois très féminisés peut réduire la ségrégation globale, tout comme l’accès des femmes à certains métiers qualifiés par un autre mécanisme. Un même mouvement statistique peut donc recouvrir des effets très différents sur les conditions d’existence.
L’expansion des métiers du soin et de la santé peut, elle, accroître la ségrégation mesurée lorsque leurs effectifs restent surtout féminins. Développer ces services nécessaires ne constitue pas pour autant un échec, et supprimer ces emplois ne saurait devenir une manière de soigner l’indicateur. L’analyse féministe doit aussi interroger les salaires, les protections, l’accès aux services et l’entrée des hommes dans les métiers féminisés.
Décrire n’épuise pas les causes
L’étude met en évidence des différences de répartition. Son indice n’identifie pas à lui seul les contributions causales de la discrimination à l’embauche, de la formation et des responsabilités familiales. Les nomenclatures influencent la distance mesurée ; ces données historiques ne décrivent pas la France actuelle.
L’étude française sur le temps domestique et parental prolonge la question des rapports entre travail rémunéré et non rémunéré. L’enquête japonaise de 2021 sur l’emploi du temps l’aborde dans un autre cadre institutionnel : lorsque le temps disponible est déjà inégal, les choix professionnels ne peuvent relever des seuls goûts individuels. Ces rapprochements relient des questions, sans établir un classement international directement comparable.
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