
Féminisme arabe · Écran
La Belle et la Meute
Titre originalAala Kaf Ifrit
En suivant une survivante d'un viol pendant une nuit dans les hôpitaux et les commissariats de police, Kaouther Ben Hania expose comment les institutions transforment la demande de soins en une épreuve de preuve, de honte et d'intimidation.
- Réalisateur
- Kaouther Ben Hania
- Année
- 2017
- Région
- Tunisie / France / Suède / Norvège / Liban / Qatar / Suisse
- Durée
- 100 min
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La Belle et les Chiens suit Mariam, une étudiante violée par des policiers après une fête, à travers les heures où elle tente d’obtenir des soins médicaux et de porter plainte. Le film se déroule en neuf longues séquences. Sa durée transforme la bureaucratie en suspens : chaque couloir, chaque forme, chaque porte verrouillée et chaque demande de répétition de l’histoire devient un autre lieu où le pouvoir institutionnel peut épuiser un survivant.
Le statut policier des auteurs efface la distinction entre demander justice et retourner au danger. Le personnel de l’hôpital invoque la procédure, les agents remettent en question les vêtements et le comportement de Mariam, et les documents ne sont pas divulgués parce que le système se protège lui-même. Le film montre la culture du viol non pas comme un ensemble d’attitudes cruelles mais comme un arrangement administratif qui distribue crédibilité et retards.
La persévérance de Mariam est puissante, mais le film ne prétend pas que le courage individuel répare une institution. Le soutien de Youssef l’aide à passer la nuit, mais il ne peut pas parler à sa place, et sa confiance politique contraste parfois avec le risque qu’elle incarne. La caméra reste suffisamment proche pour enregistrer la peur sans faire de la violence sexuelle un spectacle.
Inspiré d’une affaire survenue en Tunisie en 2012, le film s’inscrit dans la question post-révolutionnaire de ce que signifie le changement politique lorsque l’impunité policière et la honte sexiste perdurent. Son affirmation finale de dignité est volontairement provisoire. Une plainte peut être un acte de résistance, mais la justice exige de transformer les institutions qui font du signalement une autre punition.
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