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Justice du handicap · Recherche

Misfits : corps et environnements

Misfits: A Feminist Materialist Disability Concept

Rosemarie Garland-Thomson pense le handicap à partir de rencontres changeantes entre corps et environnements, dépendance et pouvoir d’agir.

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Notes de recherche

Une utilisatrice de fauteuil roulant rencontre un escalier et ne peut entrer ; elle trouve un ascenseur fonctionnel et accède au bâtiment. Son corps n’a pas soudain changé, mais les conditions de participation ont changé. Dans « Misfits », paru en 2011, Rosemarie Garland-Thomson explique pourquoi le handicap ne peut être localisé seulement dans l’individu. L’inadéquation désigne une relation entre un corps particulier et un environnement, non une catégorie de personnes indésirables.

La matérialité des deux côtés

L’article théorique refuse de réduire le handicap à un défaut corporel, tout comme il refuse de dissoudre le corps dans le langage. Douleur, différences sensorielles et limitations fonctionnelles ont une réalité matérielle. Escaliers, transports, sons et rythmes de travail également. Leur rencontre peut soutenir une personne ou l’exclure. Inclure l’environnement dans l’analyse ne signifie pas que toute différence corporelle disparaîtrait avec les obstacles architecturaux.

L’exemple d’une personne sourde signante dans un milieu organisé autour de l’audition élargit l’accès à la circulation de l’information. Qui doit s’adapter à qui ? La relation permet d’articuler architecture, communication et temporalité. Une personne ajustée à un contexte peut rencontrer une inadéquation ailleurs ou à une autre étape de sa vie. Ni le monde ni les capacités ne constituent un inventaire immuable.

Le soutien invisible de l’ordinaire

Une adéquation suffisante produit ce que l’autrice appelle l’anonymat matériel. Une personne qui circule sans obstacle n’a pas à faire continuellement de son corps un problème public. Celle qui est bloquée doit parfois expliquer son besoin, attendre une aide et subir des regards. La personne ordinaire dite indépendante dépend elle aussi de conditions ; celles-ci sont simplement fournies à l’avance.

Cette distinction importe pour les débats féministes sur le soin. La vulnérabilité et l’interdépendance universelles ne signifient pas une résistance identique pour toutes et tous. Leur généralisation peut masquer l’absence d’ascenseur, d’interprétation, de temps flexible ou de pouvoir de décision. Les savoirs que les personnes handicapées développent en lisant et en modifiant leur environnement sont aussi des capacités d’agir, pas seulement des besoins de soin.

Valoriser cette ingéniosité ne doit pourtant pas devenir une exigence de surmonter indéfiniment les obstacles. Trouver un détour ne justifie pas l’exclusion initiale ; ne pas en trouver ne prouve pas un manque de volonté. La description relationnelle doit accroître la responsabilité de l’environnement, plutôt qu’entraîner les individus à supporter davantage.

La théorie féministe du handicap de Wendell approfondit dépendance et expérience corporelle. Les dix principes de la justice du handicap relient l’interdépendance à l’accès collectif et à une organisation durable. La première lecture aide à nommer une rencontre ; la seconde demande comment en transformer les conditions en responsabilité partagée.

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