Théorie féministe · Recherche
Protester comme une fille : Incarnation, dissidence et agence féministe
Protesting like a Girl: Embodiment, Dissent and Feminist Agency
Cet article de 2000 examine l'agence féministe à travers le prisme de l'incarnation, s'appuyant sur la phénoménologie de Merleau-Ponty pour analyser le mouvement suffragiste britannique. Parkins se concentre sur la carrière de suffragette de Mary Leigh pour soutenir que la performance corporelle — l'utilisation stratégique des corps des femmes dans des protestations audacieuses — a constitué une forme puissante d'agence politique féministe qui a contesté les frontières de la citoyenneté et du domaine politique.
Résumé
Cet article examine l'agence féministe à travers le compte rendu phénoménologique de Merleau-Ponty sur le corps-sujet, soulignant l'importance de l'incarnation pour l'agence féministe tout en soutenant que les corps habitent des contextes sociaux, historiques et discursifs spécifiques qui façonnent l'expérience corporelle et les opportunités de contestation politique. L'article examine une instance historique d'agence féministe où les corps des femmes étaient centraux dans la dissidence politique — le mouvement suffragiste britannique. Se concentrant sur la carrière de suffragette de Mary Leigh comme représentant l'agence féministe dérivée de la performance corporelle, Parkins soutient que les suffragettes ont contesté la constitution du domaine politique et de la citoyenneté par des protestations audacieuses qui attiraient l'attention sur le comportement et les capacités de leurs corps.
Notes de recherche
L’article de 2000 de Wendy Parkins “Protester comme une fille : Incarnation, dissidence et agence féministe” offre une analyse convaincante de la façon dont le corps fonctionne comme site et instrument de la résistance politique féministe. Publié dans Feminist Theory, cet article relie la philosophie phénoménologique et l’analyse historique pour démontrer que l’incarnation n’est pas simplement une préoccupation théorique mais une ressource pratique pour l’activisme féministe. Par un examen attentif du mouvement suffragiste britannique, en particulier la carrière remarquable de Mary Leigh, Parkins montre comment les femmes ont utilisé leur corps stratégiquement pour défier les frontières de la citoyenneté et transformer la nature de la protestation politique.
Incarnation et théorie féministe
Parkins commence par situer son argument au sein des débats féministes sur l’incarnation. À la fin des années 1990, le corps était devenu une préoccupation centrale de la théorie féministe, pourtant les discussions restaient souvent à un niveau abstrait ou théorique. Parkins vise à ramener l’incarnation sur terre, en examinant comment les femmes réelles dans des contextes historiques ont utilisé leur existence corporelle comme une ressource politique.
Le corps-sujet de Merleau-Ponty
S’appuyant sur la “Phénoménologie de la perception” de Maurice Merleau-Ponty, Parkins adopte son concept de “corps-sujet” — l’idée que nous ne sommes pas des esprits habitant des corps mais plutôt des sujets incarnés dont l’existence corporelle est fondamentale à la façon dont nous expérimentons et nous engageons avec le monde. Pour Merleau-Ponty, le corps n’est pas un objet que nous possédons mais le médium même par lequel nous rencontrons la réalité et agissons en son sein.
Cette approche phénoménologique offre plusieurs avantages pour l’analyse féministe. Premièrement, elle prend le corps au sérieux comme un site d’expérience et d’agence plutôt que de le traiter comme une simple matière biologique ou une construction sociale. Deuxièmement, elle reconnaît que nos capacités et limitations corporelles façonnent les actions qui nous sont possibles. Troisièmement, elle reconnaît que nous apprenons à habiter nos corps de manières particulières à travers des processus sociaux et historiques.
Corps en contexte
De manière cruciale, Parkins insiste sur le fait que bien que la phénoménologie de Merleau-Ponty fournisse des idées précieuses, elle doit être complétée par une attention aux contextes sociaux, historiques et discursifs spécifiques qui façonnent l’expérience incarnée. Les corps ne sont pas universels ; ils sont toujours genrés, racisés, classés et situés au sein de relations de pouvoir particulières. Ce que signifie avoir un corps de femme dans l’Angleterre victorienne diffère profondément de ce que cela signifie dans les contextes contemporains.
Cette approche contextuelle permet à Parkins d’éviter à la fois l’essentialisme biologique (l’idée que les corps des femmes déterminent leur nature) et le constructionnisme social qui perd de vue la corporéité matérielle. Les corps sont réels et conséquents, mais ils sont toujours des corps-en-contexte, façonnés par et façonnant les mondes sociaux qu’ils habitent.
Le mouvement suffragiste comme politique incarnée
Parkins se tourne vers le mouvement suffragiste britannique (environ 1903-1914) comme une riche étude de cas historique de l’agence féministe incarnée. Les suffragettes, activistes militantes exigeant le vote pour les femmes, ont développé des tactiques de protestation de plus en plus dramatiques et audacieuses qui plaçaient leurs corps au centre de la contestation politique.
L’exclusion politique des corps des femmes
Pour comprendre les protestations incarnées des suffragettes, nous devons reconnaître les manières spécifiques dont les corps des femmes étaient positionnés par rapport à la politique et à la citoyenneté dans la Grande-Bretagne édouardienne. Le domaine politique était compris comme une sphère masculine nécessitant rationalité, maîtrise de soi et courage physique — des qualités supposément naturelles aux hommes mais manquant aux femmes. Les corps des femmes étaient associés à l’émotion, la vulnérabilité, la faiblesse physique et les fonctions reproductives qui les disqualifiaient de la participation politique.
Ce n’était pas simplement idéologique ; c’était mis en acte par des arrangements spatiaux. Les réunions politiques, les débats parlementaires et les assemblées publiques étaient physiquement organisés pour exclure ou marginaliser les femmes. Lorsque les femmes entraient dans ces espaces, leur présence corporelle était traitée comme inappropriée, perturbatrice ou scandaleuse.
Performance corporelle comme stratégie politique
Les suffragettes ont répondu en utilisant délibérément leur corps pour perturber ces arrangements et défier les suppositions sur les capacités corporelles des femmes. Leurs tactiques incluaient :
-
Interpeller et interrompre : Les femmes se levaient dans les réunions politiques et criaient des questions, forçant leurs voix à être entendues dans des espaces conçus pour les exclure.
-
Protestations à la chaîne : Les suffragettes s’enchaînaient aux grilles, faisant de leurs corps des obstacles qui devaient être physiquement enlevés, forçant les autorités à manipuler les corps des femmes en public.
-
Bris de vitres : Les actes de destruction de propriété démontraient la force physique et la volonté de s’engager dans une action aggressive.
-
Grèves de la faim : En prison, les suffragettes refusaient la nourriture, utilisant la vulnérabilité de leur corps comme une arme qui embarrassait les autorités.
-
Résister à l’alimentation forcée : Lorsque les autorités tentaient de briser les grèves de la faim par une alimentation forcée brutale, la résistance des suffragettes exposait la violence de l’État.
Chacune de ces tactiques était une forme de ce que Parkins appelle “performance corporelle” — l’utilisation stratégique du corps pour faire des revendications politiques et contester les relations de pouvoir existantes.
Mary Leigh : Une étude de cas en agence incarnée
Parkins se concentre particulièrement sur Mary Leigh (1885-1978), une suffragette de la classe ouvrière dont la carrière militante exemplifie l’agence féministe incarnée. Leigh a été impliquée dans certaines des actions les plus dramatiques du mouvement et a enduré une souffrance physique significative pour la cause.
Militantisme précoce
Mary Leigh rejoignit le mouvement suffragiste en 1906 et devint rapidement l’une de ses activistes les plus intrépides. Ses premières actions incluaient la perturbation de réunions politiques et la participation à des délégations au Parlement. Ces activités s’appuyaient sur la respectabilité féminine conventionnelle tout en violant aussi les normes sur le comportement approprié des femmes dans les espaces publics.
L’incident de la hache
En 1909, Leigh et une autre suffragette, Charlotte Marsh, menèrent l’une des actions les plus audacieuses du mouvement. Elles s’introduisirent dans une salle où le Premier ministre H.H. Asquith parlait et utilisèrent une hache pour endommager la tribune et le système de sonorisation. Cet acte était remarquable pour plusieurs raisons :
Audace physique : Maniant une hache, un outil associé au travail masculin et à la violence, Leigh défia les suppositions sur les capacités physiques des femmes et leur volonté d’utiliser la force.
Transgression spatiale : S’introduire dans une salle de réunion et occuper l’espace sur la tribune démontrait qu’aucun espace politique ne pouvait être sécurisé contre la présence des femmes.
Pouvoir symbolique : L’attaque à la hache devint une image emblématique du militantisme suffragiste, montrant les femmes comme des agents actifs plutôt que des victimes passives.
Emprisonnement et alimentation forcée
Leigh fut emprisonnée à plusieurs reprises pour son activisme et participa à des grèves de la faim. Sa résistance à l’alimentation forcée était particulièrement significative. La pratique impliquait de restreindre une prisonnière et d’insérer un tube par la bouche ou le nez pour pomper de la nourriture dans l’estomac — une procédure violente, dégradante et dangereuse.
Les comptes rendus de Leigh sur l’alimentation forcée révèlent les dynamiques complexes de la résistance incarnée. Alors que son corps était physiquement maîtrisé, son refus de coopérer — se débattant, rendant la procédure aussi difficile que possible — affirmait l’agence même dans des conditions de contrainte physique extrême. De plus, son témoignage sur l’expérience transforma sa souffrance en preuve politique, exposant la brutalité d’un État qui prétendait protéger les femmes sans défense.
Protestations sur les toits
Peut-être les performances corporelles les plus spectaculaires de Leigh furent ses protestations sur les toits. En 1912, elle grimpa sur le toit d’un bâtiment où des représentants du gouvernement se réunissaient, enleva des tuiles et cria des slogans tout en jetant des tracts sur la foule en contrebas. Plus tard cette année-là, elle mit le feu au Theatre Royal de Dublin en protestation synchronisée avec la visite du Premier ministre Asquith.
Ces actions démontraient un courage physique extraordinaire, de l’habileté et de la détermination. Escalader des toits, manipuler du feu, travailler en hauteur — tout cela était des activités considérées au-delà des capacités des femmes. En les accomplissant, Leigh ne fit pas seulement des revendications politiques ; elle mit en acte un modèle différent de ce que les corps des femmes pouvaient faire.
Implications théoriques
L’analyse de Mary Leigh et des suffragettes par Parkins offre plusieurs perspectives théoriques importantes sur l’incarnation et l’agence féministe :
Agence par la contrainte
L’un des aspects les plus puissants de l’argument de Parkins est son analyse de la façon dont l’agence peut émerger de et à travers la contrainte corporelle. Les suffragettes n’ont pas transcendé leur incarnation pour devenir de pures actrices politiques ; elles ont plutôt utilisé les contraintes mêmes placées sur les corps des femmes comme ressources pour la résistance.
Lorsque l’on disait aux femmes que leurs corps étaient trop faibles pour la politique, les suffragettes démontraient du courage physique. Lorsque la vulnérabilité corporelle des femmes était citée comme nécessitant protection, les suffragettes utilisaient cette vulnérabilité comme une arme par les grèves de la faim. Lorsque les corps des femmes étaient violemment contrôlés par l’alimentation forcée, cette violence elle-même devenait la preuve de l’injustice de l’État.
Cela suggère que l’agence féministe ne nécessite pas d’échapper à l’incarnation mais plutôt de trouver des moyens créatifs de déployer l’existence corporelle contre les systèmes qui la contraignent.
Savoir corporel
Parkins souligne que les suffragettes ont développé ce que nous pourrions appeler un savoir corporel — une compréhension pratique acquise par l’expérience corporelle. Apprendre à parler publiquement, à résister à la force physique, à endurer l’emprisonnement, à escalader des bâtiments — tout cela impliquait d’acquérir des compétences et des capacités corporelles.
Ce savoir corporel était à la fois individuel et collectif. Les suffragettes apprenaient des expériences les unes des autres, développaient des tactiques partagées et créaient une culture de résistance incarnée. Cette dimension collective est cruciale ; les actes individuels de courage corporel deviennent politiquement puissants lorsqu’ils font partie d’un mouvement partagé.
La politique de la visibilité
Une grande partie de la stratégie des suffragettes impliquait de rendre les corps des femmes visibles de nouvelles manières et dans de nouveaux lieux. Elles forçaient leurs corps dans les espaces politiques, sur les toits, dans les journaux et la conscience publique. Cette visibilité était à double tranchant — elle exposait les suffragettes au ridicule, à la violence et à l’objectification. Mais elle perturbait aussi l’invisibilité de l’exclusion politique des femmes et créait de nouvelles possibilités pour la présence publique des femmes.
Parkins note que cette politique de la visibilité doit être soigneusement théorisée. Rendre les corps visibles n’est pas intrinsèquement autonomisant ; cela dépend du contexte et de la façon dont cette visibilité est cadrée et interprétée. Les suffragettes travaillaient dur pour contrôler le sens de leurs protestations incarnées, bien qu’elles ne puissent pas toujours déterminer comment elles étaient représentées.
Incarnation et citoyenneté
Peut-être le plus fondamentalement, Parkins soutient que les performances corporelles des suffragettes ont défié la définition même de la citoyenneté et du domaine politique. En démontrant que les corps des femmes pouvaient accomplir des exploits de courage, d’endurance et de force, elles ont sapé les affirmations selon lesquelles la nature physique des femmes les disqualifiait de la citoyenneté.
Mais le défi allait plus loin. Les suffragettes ne soutenaient pas seulement que les corps des femmes étaient capables des mêmes actions politiques que ceux des hommes ; elles introduisaient de nouvelles formes de protestation incarnée qui élargissaient ce qui comptait comme action politique. Les grèves de la faim, par exemple, transformaient la vulnérabilité corporelle en pouvoir politique de manières sans précédent.
Cela suggère que la citoyenneté et la politique ne sont pas des catégories fixes dans lesquelles les corps doivent s’insérer, mais plutôt des domaines contestés qui peuvent être réimaginés par la pratique incarnée.
Agence féministe reconsidérée
L’analyse de Parkins offre un compte rendu nuancé de l’agence féministe qui évite à la fois le volontarisme libéral (l’idée que les individus sont des agents libres) et le déterminisme (l’idée que les structures contraignent complètement l’action).
Agence située
L’agence, dans le compte rendu de Parkins, est toujours située — façonnée par des contextes corporels, sociaux et historiques spécifiques. L’agence de Mary Leigh a été rendue possible par son incarnation particulière, sa position de classe, la conjoncture politique spécifique de la Grande-Bretagne édouardienne, et le mouvement collectif dont elle faisait partie. Nous ne pouvons pas comprendre ses actions par référence à des notions abstraites de libre arbitre ou de choix individuel.
Pourtant, au sein de ces contraintes, une véritable agence était possible. Leigh a fait des choix, a pris des risques et a agi de manières qui défiaient les relations de pouvoir existantes. Son agence était réelle, même si elle n’était pas illimitée ou inconditionnée.
Collectif et individuel
Parkins souligne également l’interaction entre l’agence individuelle et collective. Bien qu’elle se concentre sur Mary Leigh comme étude de cas individuelle, elle précise que les actions de Leigh n’avaient de sens qu’au sein du contexte collectif du mouvement suffragiste. Les actes individuels de protestation incarnée tiraient leur sens et leur efficacité du fait de faire partie d’un projet politique partagé.
Cela a des implications importantes pour penser l’activisme féministe. Cela suggère que le courage individuel et l’organisation collective ne sont pas des alternatives mais mutuellement constitutifs. Les mouvements ont besoin d’individus prêts à prendre des risques, et les individus ont besoin de mouvements pour donner à leurs actions un sens politique et un soutien.
Transformation par la pratique
Enfin, Parkins suggère que l’agence féministe implique une transformation par la pratique incarnée. Les suffragettes n’ont pas simplement appliqué des capacités préexistantes à des fins politiques ; elles ont développé de nouvelles compétences corporelles, habitudes et façons d’habiter leur corps à travers la pratique de l’activisme. En apprenant à protester, à résister, à endurer, elles sont devenues différents types de sujets incarnés.
Cette compréhension processuelle de l’agence est importante. Elle suggère que la politique féministe ne consiste pas seulement à utiliser des corps que nous avons déjà, mais à transformer la façon dont nous habitons et déployons notre incarnation.
Pertinence contemporaine
Bien que Parkins écrive sur des événements d’il y a un siècle, son analyse résonne avec l’activisme féministe contemporain :
Politique du corps aujourd’hui
Le féminisme contemporain continue de se débattre avec les questions d’incarnation. Des protestations SlutWalk réclamant l’autonomie corporelle des femmes, à Black Lives Matter soulignant la vulnérabilité des corps racisés, à l’activisme du handicap exigeant la reconnaissance des incarnations diverses, de nombreux mouvements actuels placent les corps au centre de la lutte politique.
Le cadre de Parkins nous aide à comprendre ces mouvements non comme simplement symboliques mais comme une politique véritablement incarnée où la performance corporelle fait des revendications politiques et conteste les relations de pouvoir.
Incarnation numérique
La montée de l’activisme numérique soulève de nouvelles questions sur l’incarnation et l’agence. Lorsque la protestation se produit en ligne, quel rôle joue le corps ? L’accent de Parkins sur la nature située et contextuelle de l’incarnation suggère que les contextes numériques créent de nouvelles formes d’agence incarnée plutôt que de transcender le corps. Même en ligne, nous sommes des sujets incarnés — tapant, cliquant, regardant — et nos emplacements physiques, besoins corporels et vulnérabilités corporelles façonnent notre activisme numérique.
Incarnation intersectionnelle
L’accent du féminisme contemporain sur l’intersectionnalité nécessite de prêter attention à la façon dont différents corps sont positionnés différemment par rapport au pouvoir. L’accent historique de Parkins sur les suffragettes britanniques, principalement blanches et de classe moyenne, nous rappelle que l’agence incarnée semble différente selon la race, la classe, le handicap et d’autres facteurs.
Un compte rendu plus complet devrait explorer comment les corps racisés, handicapés, queer et trans expérimentent et déploient l’incarnation dans la politique féministe. Le cadre que Parkins développe — attention à la performance corporelle dans des contextes spécifiques — fournit des outils pour une telle analyse même si son étude de cas spécifique a des limitations.
Traumatisme et vulnérabilité
La discussion de Parkins sur l’alimentation forcée et la souffrance corporelle soulève des questions difficiles sur le traumatisme, la vulnérabilité et les coûts de la résistance incarnée. Le féminisme contemporain reconnaît de plus en plus que tous les corps ne peuvent pas ou ne devraient pas être censés endurer la violence à des fins politiques. L’éthique de l’activisme incarné nécessite une considération attentive de quels corps sont mis en danger et comment les mouvements peuvent soutenir l’activisme sans exiger des membres qu’ils sacrifient leur bien-être corporel.
Critiques et limitations
Bien que l’article de Parkins apporte des contributions importantes, il a aussi des limitations :
Spécificité historique
L’accent de Parkins sur les suffragettes est éclairant mais spécifique à un moment, un lieu et un mouvement particuliers. Les stratégies qui ont fonctionné pour les suffragettes britanniques édouardiennes peuvent ne pas se traduire dans d’autres contextes. Plus d’analyse comparative à travers différents mouvements et moments historiques renforcerait les affirmations sur l’agence incarnée.
Race et classe
Bien que Parkins reconnaisse l’origine ouvrière de Mary Leigh, l’article pourrait faire plus pour analyser comment la classe a façonné son agence incarnée. De plus, le mouvement suffragiste était majoritairement blanc, et Parkins n’aborde pas substantiellement comment la race compliquerait ses arguments.
Préoccupations de masculinisation
Certains critiques pourraient s’inquiéter que Parkins célèbre les suffragettes pour avoir performé des activités traditionnellement masculines (manier des haches, escalader des bâtiments, courage physique). Cela réinscrit-il les normes masculines comme la norme pour l’agence politique ? Parkins pourrait répondre que les suffragettes ne mimaient pas simplement la masculinité mais transformaient ce qui comptait comme action politique, mais cette tension mérite une attention plus explicite.
Violence et éthique
Les tactiques des suffragettes incluaient la destruction de propriété et des actions risquant de nuire à autrui (comme mettre le feu). Parkins se concentre sur le courage que ces actes nécessitaient mais en dit moins sur l’éthique des tactiques militantes. Quand et comment la protestation incarnée qui implique la violence est-elle justifiée ?
Conclusion : Des corps qui comptent
“Protester comme une fille” de Parkins apporte une contribution cruciale à la compréhension de l’agence féministe en insistant sur le fait que les corps comptent — pas seulement comme concepts théoriques ou sites de discours, mais comme dimensions vécues, matérielles et conséquentes de la lutte politique. Les performances corporelles des suffragettes n’ont pas juste représenté ou symbolisé des revendications politiques ; elles les ont mises en acte, transformant ce que les corps des femmes pouvaient faire et ce que le domaine politique pouvait contenir.
La valeur durable de l’article réside dans sa démonstration que l’incarnation est une ressource pratique pour l’activisme féministe, pas simplement une préoccupation théorique. En examinant comment des femmes réelles dans des circonstances historiques spécifiques ont utilisé leur corps stratégiquement pour défier les relations de pouvoir, Parkins fournit un modèle pour analyser l’agence incarnée qui est à la fois théoriquement sophistiqué et ancré dans la pratique matérielle.
Mary Leigh grimpant sur un toit, maniant une hache, résistant à l’alimentation forcée — ce ne sont pas juste des anecdotes historiques intéressantes. Ce sont des exemples d’agence féministe émergeant de et à travers l’incarnation, de transformation politique mise en acte corporellement. En “protestant comme une fille”, Leigh et ses camarades suffragettes ont montré que les corps des femmes pouvaient être des instruments de résistance, des sites de courage et des agents de changement politique. Cette leçon reste vitale pour le féminisme aujourd’hui.
Réponses des lecteurs
Discussion scientifique
Répondez à cette recherche ou ajoutez un article à lire collectivement.
Rejoindre la discussion
Chargement des commentaires...
Soutenir
Si ce contenu vous a été utile