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Théorie féministe · Recherche

Être raisonnable, raconter des histoires

Being reasonable, telling stories

Cet essai explore la relation entre l'argumentation rationnelle et le savoir narratif dans la théorie féministe, remettant en question les oppositions traditionnelles entre théorie et histoire, abstrait et concret, argument et narration. Felski soutient que le récit n'est pas l'opposé de la rationalité mais un mode important de production de savoir féministe, et que les deux devraient être vus comme complémentaires plutôt qu'opposés.

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Résumé

Cet article explore la relation entre raison et récit dans la théorie féministe, défiant l'opposition binaire traditionnelle entre argument théorique et le fait de raconter des histoires. Felski soutient que le féminisme a besoin à la fois d'argumentation rationnelle et de savoir narratif, chacun ayant une valeur épistémologique et politique unique. Le récit fournit la concrétude, la résonance émotionnelle et l'authenticité expérientielle, tandis que l'argument rationnel fournit l'analyticité, l'universalité et la distance critique. La véritable théorie féministe devrait intégrer plutôt que diviser ces deux modes de savoir.

Mots-clésnarrativerationalityfeminist epistemologytheorystories
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Notes de recherche

Rita Felski intervient dans un débat sur ce qui compte comme théorie féministe en refusant une opposition trop commode entre raison et récit. L’argument conceptuel permet de comparer, de généraliser et de rendre explicites les prémisses d’une position ; le récit donne accès à la temporalité, à l’ambivalence et à l’épaisseur d’expériences que les catégories abstraites peuvent aplatir. Aucun de ces modes n’est naturellement féministe ou antiféministe. Leur valeur dépend de ce qu’ils rendent visible, de l’autorité qu’ils revendiquent et des voix qu’ils autorisent à compter comme connaissance.

Le texte invite ainsi à examiner les risques propres à chaque forme. La raison peut masquer son point de vue situé derrière une prétention à l’universalité et convertir une expérience dominante en norme. Mais le récit peut lui aussi produire de l’autorité, naturaliser une trajectoire particulière ou soustraire ses présupposés à la discussion au nom de l’authenticité vécue. Raconter n’abolit pas le pouvoir, pas plus qu’argumenter ne garantit la domination. Une critique féministe rigoureuse doit donc demander comment preuve, identification, généralisation et jugement circulent entre ces registres.

Cette intervention est particulièrement utile pour lire et écrire dans une archive féministe. Elle empêche de classer d’avance la théorie du côté de la froide abstraction et l’expérience du côté d’une vérité immédiatement accessible. Les récits ont besoin de concepts pour devenir comparables et politiquement intelligibles ; les concepts ont besoin de récits pour rester responsables devant les vies qu’ils prétendent expliquer. Chez Felski, être « raisonnable » et raconter des histoires ne désignent pas deux camps, mais deux opérations dont la tension peut améliorer la pensée féministe lorsqu’elle demeure visible et discutable.

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