Justice du handicap · Recherche
Handicap relationnel, maltraitances et discriminations
Les déclarations de maltraitances et de discriminations sont plus fréquentes en cas de handicap relationnel
Scott distingue maltraitances et discriminations dans l’enquête Autonomie 2022, en examinant le handicap, le genre et les conditions de réponse.
Notes de recherche
La sécurité ne se réduit pas à l’absence d’agression physique. Être régulièrement ignorée, voir sa souffrance négligée ou perdre la maîtrise de son intimité et de ses rythmes de vie peut modifier les conditions dans lesquelles une personne cherche du soutien et prend des décisions. Publiée en 2024, l’étude de Suzanne Scott, chercheuse à la Drees, examine maltraitances et discriminations à partir de l’enquête Autonomie 2022. Elle inscrit dans la statistique publique des questions souvent renvoyées aux relations privées.
L’étude ne porte pas uniquement sur les femmes. Elle analyse les réponses d’adultes de dix-huit ans ou plus vivant en ménage ordinaire en France métropolitaine et examine les différences de sexe dans ses modèles. Ce champ détermine l’usage des résultats. Les proportions concernant l’ensemble des adultes ne deviennent pas des taux de victimation des femmes handicapées ; un coefficient de sexe ne remplace pas l’analyse de leurs situations particulières selon les handicaps.
Des définitions différentes rendent visibles des populations différentes
Deux définitions du handicap, qui se recoupent, sont mobilisées. L’indicateur Gali repère une forte restriction des activités habituelles depuis au moins six mois pour des raisons de santé. L’autre approche retient au moins une limitation fonctionnelle sévère, physique, sensorielle, cognitive ou relationnelle. Les personnes identifiées ne sont pas exactement les mêmes. On ne peut additionner ces ensembles comme des populations séparées, ni réduire ces définitions à une reconnaissance administrative.
Les limitations relationnelles comprennent ici des difficultés psychologiques perturbant fréquemment le quotidien, ainsi que des difficultés à demander de l’aide, nouer des relations, comprendre autrui ou se faire comprendre. Ce n’est ni un jugement de caractère ni un synonyme de handicap intellectuel. La catégorie attire l’attention sur les conditions d’accès aux réponses et au soutien. Elle ne doit pas rendre les personnes responsables des mauvais traitements au motif qu’elles manqueraient d’aisance sociale.
Le texte original précise quatre formes de maltraitance au cours des douze derniers mois : paroles hostiles ou méprisantes, fait d’être ignorée, manque d’attention envers la santé ou la souffrance psychique, non-respect de l’intimité ou des rythmes de vie. Ces questions ne mesurent pas toutes les violences physiques et sexuelles. Déclarer au moins une expérience ne signifie pas non plus une fréquence ou une gravité identiques pour toutes les personnes.
Un autre ensemble de questions concerne les traitements inégalitaires vécus au cours de la vie en raison de la santé, du handicap ou de l’âge, au travail, à l’école, dans les établissements de santé notamment. Les maltraitances de l’année passée et ces discriminations particulières au cours de la vie ne s’additionnent pas et leurs proportions ne se hiérarchisent pas directement. Distinguer négligences dans le soutien et exclusions institutionnelles aide plutôt à préciser les responsabilités et les conditions à transformer.
Expliquer les écarts sans les convertir en causalités
Parmi les adultes pouvant répondre personnellement et en privé aux questions sur la maltraitance, 52,0 % de ceux ayant des limitations relationnelles sévères déclarent au moins une expérience au cours de l’année précédente, contre 24,7 % des personnes sans limitation fonctionnelle sévère. Cette comparaison dépend des questions, des répondants et des classifications. Ce n’est ni un taux global pour toutes les personnes handicapées de France, ni l’affirmation que la moitié des femmes handicapées subissent des violences sexuelles. Son intérêt tient à la mise en question de relations quotidiennes négligées.
Les régressions logistiques ajustent notamment l’âge, l’emploi, la situation matrimoniale, le lien à l’immigration et les limitations fonctionnelles. Au tableau 5, l’odds ratio des femmes par rapport aux hommes pour déclarer au moins une maltraitance est de 1,5. Il compare, entre deux groupes, le rapport entre probabilité de déclarer et probabilité de ne pas déclarer ; il ne signifie pas directement une hausse de probabilité de 50 %. Ces associations ne prouvent ni que le handicap ou le sexe cause les maltraitances, ni que les difficultés fonctionnelles précèdent les préjudices.
Les différences de sexe changent aussi selon le résultat et le lieu. Au tableau 6, relatif aux discriminations pour santé, handicap ou âge, l’odds ratio des femmes par rapport aux hommes est de 1,4 en établissement de santé et de 0,7 en établissement scolaire. Le second chiffre ne prouve pas que l’école serait égalitaire ou les femmes mieux protégées. Expériences institutionnelles, motifs déclarés et conditions de remémoration restent à examiner. Résumer tous les résultats par un risque féminin supérieur partout effacerait les différences observées.
Une lecture féministe ne doit pas transformer ces chiffres en mandat pour décider davantage à la place des personnes. La négligence envers la souffrance et les atteintes à l’intimité concernent le pouvoir de définir les besoins, d’organiser les horaires et de choisir l’assistance. Le soutien peut-il accueillir une objection et changer sans être retiré ? C’est une question institutionnelle ouverte par les résultats, non une intervention dont l’article aurait testé l’efficacité.
Répondre seule ne doit pas devenir une condition pour compter
L’enquête compte 19 619 répondants adultes, mais le module sur la maltraitance exige une réponse personnelle, à l’écart des autres membres du ménage. Certaines autres questions autorisent la réponse d’un tiers. Ces modalités répondent à des enjeux différents : la parole privée peut limiter le contrôle d’autrui, tandis que des questions inaccessibles risquent d’exclure les personnes ayant besoin d’assistance. Le champ des ménages ordinaires laisse aussi hors de cette étude les expériences des personnes vivant en institution.
Le taux de réponse au module varie : 77 % des adultes handicapés selon le Gali, contre 92 % des personnes sans handicap. La non-réponse ne peut être codée comme absence de préjudice ; on ne peut pas davantage attribuer sans preuve une victimation supérieure aux non-répondants. Il faut poursuivre la réflexion sur la confidentialité, la parole indépendante, l’aide à la communication et le droit de ne pas répondre. Les difficultés de communication ne justifient pas de disqualifier la crédibilité d’une personne.
L’étude française de 2020 sur handicap et violences utilise une autre enquête et interroge les violences physiques, sexuelles et verbales sur les deux années précédant l’entretien. Ses chiffres ne forment pas avec ceux-ci une tendance à la hausse ou à la baisse. Le récit de Kumiko Usui sur une enquête menée par des femmes handicapées permet de comparer statistique publique et entretiens impliquant des personnes qui ne peuvent aisément remplir un formulaire. Leurs populations et leurs objectifs les rendent complémentaires plutôt qu’interchangeables.
L’apport de cette étude n’est pas une étiquette de risque permanente pour chaque difficulté. Il est de permettre un examen conjoint des catégories statistiques, des rapports de soutien et des conditions de parole. Après avoir reconnu un écart, il reste à demander qui n’a pas pu répondre, quels préjudices les questions ne couvrent pas et si les personnes aidées peuvent participer à la définition d’un traitement respectueux.
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