Lutte contre les violences sexuelles · Recherche
Viols et agressions sexuelles en France : premiers résultats de l’enquête Virage
Virage décrit les actes pour repérer les violences sexuelles et distingue vie entière, douze derniers mois, famille, couple, travail et espaces publics.
Notes de recherche
Si un questionnaire exige de nommer d’abord une expérience comme viol, que perd-on avant même la réponse ? Ce bulletin de 2016 de Christelle Hamel et de huit autres autrices présente les premiers résultats de Virage sur les violences sexuelles. Au-delà des proportions, il montre comment des expériences deviennent dénombrables : les personnes interrogées n’ont pas à accepter préalablement une qualification juridique, puisque l’équipe classe ensuite les actes déclarés.
L’enquête téléphonique de l’Ined a interrogé en 2015 un échantillon de 27 268 personnes de 20 à 69 ans vivant en ménage ordinaire en France métropolitaine. Elle distingue douze derniers mois et vie entière dans les études, le travail, les espaces publics, les relations conjugales actuelles ou passées, la famille et l’entourage. L’encadré méthodologique et la liste des questions explicitent ces frontières. Ce ne sont ni des plaintes enregistrées ni un recensement de chaque personne résidant en France.
Décrire avant de classer
Les questions partent de situations concrètes : contacts non souhaités, actes sexuels imposés ou subis sous contrainte. Des listes complémentaires évitent de devoir énoncer chaque détail à haute voix et recueillent des expériences qui n’ont pas été associées à l’expression de rapport sexuel forcé. Ne pas reconnaître ou employer le mot viol ne prouve pas l’absence d’expérience correspondante. La conception de l’enquête contribue ainsi à déterminer quels préjudices entrent dans le savoir public.
Sur la vie entière, 14,47 % des femmes et 3,94 % des hommes déclarent au moins une violence sexuelle incluse dans cet indicateur. Celui-ci exclut le harcèlement sexuel et l’exhibitionnisme : il ne peut être rebaptisé fréquence de toutes les violences sexuelles. La première question comporte aussi des formulations différentes selon le sexe. Comparer exige de conserver avec les chiffres la liste des actes, leurs catégories et les frontières de population, plutôt que d’y voir des faits naturels indépendants des questions.
La distinction des contextes transforme également le problème. Viols et tentatives surviennent principalement dans les relations privées avec famille, proches et partenaires ; travail, études et espaces publics présentent d’autres combinaisons d’agressions. On ne peut en conclure que toute agression a lieu chez soi ou exclure les inconnus. L’enquête conteste une localisation unique du danger : relations familières et institutions ordinaires peuvent aussi organiser des atteintes répétées et durables.
Ces déclarations rétrospectives viennent d’une enquête de 2015, pas d’une mesure de la situation actuelle. Des âges et formulations différents empêchent de tracer une simple courbe entre enquêtes successives. Les souvenirs d’adultes renseignent l’enfance sans constituer un échantillon direct d’enfants. Le ménage ordinaire exclut aussi certaines formes de vie. Les catégories juridiques reproduites en 2016 ne constituent pas un exposé du droit en vigueur aujourd’hui.
L’intérêt féministe tient notamment au déplacement d’une part de la responsabilité de reconnaître : de la capacité de la victime à nommer vers celle de l’institution à interroger. Mais les catégories d’enquête n’épuisent pas une expérience personnelle et ne remplacent ni soutien ni appréciation judiciaire. Elles permettent d’examiner les omissions d’un récit public, sans autoriser à juger la vérité d’une expérience individuelle à partir de pourcentages collectifs.
L’étude française sur handicap et violences différencie davantage les expositions et vulnérabilités. L’article théorique de Saffioti sur les violences de genre interroge l’inscription des actes dans des rapports de pouvoir durables. Statistique et théorie accomplissent ici des tâches distinctes : identifier distributions et contextes, expliquer le maintien des relations. Elles ne se remplacent pas.
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