Justice environnementale · Projection
Les femmes en première ligne de l'action climatique
La militante indonésienne Farwiza Farhan montre comment des gardes forestières d'Aceh mobilisent les savoirs locaux, les patrouilles collectives et les permis forestiers communautaires pour protéger la forêt et l'eau dont dépend leur village.
Notes de projection
L’intervention de Farwiza Farhan ramène l’action climatique des objectifs politiques lointains à la vie quotidienne d’un village d’Aceh. Elle raconte comment, après les inondations de 2015, Sumini a relié la déforestation à l’eau, à l’agriculture et à la sécurité du village, puis organisé un groupe de gardes forestières. La forêt n’est pas une « nature » abstraite : les familles locales dépendent du café cultivé en montagne, des ruisseaux et de l’écosystème environnant. Un reportage ultérieur de l’Associated Press décrit comment l’autorisation communautaire, la formation et le dialogue de proximité font de ces patrouilles une composante de la gouvernance locale.
L’enjeu ne se limite pas à prouver que « les femmes peuvent être gardes forestières ». Il s’agit aussi de savoir quels savoirs comptent dans les décisions. Les femmes connaissent les routines de collecte de l’eau, le travail agricole et les changements du territoire, sans être nécessairement reconnues comme gestionnaires officielles des ressources. Les patrouilles, la cartographie et les demandes de permis forestiers communautaires leur permettent de transformer leur expérience en éléments de négociation avec les institutions. Il faut pour cela une organisation locale, des autorisations juridiques, une formation technique et des soutiens extérieurs ; le courage individuel ne redistribue pas à lui seul le pouvoir sur les forêts.
La justice environnementale féministe invite aussi à rejeter l’idée que les femmes seraient naturellement plus proches de la nature. Leur participation peut découler des responsabilités quotidiennes liées à l’eau, à l’alimentation et à la sécurité du foyer. Si ces responsabilités deviennent du travail de patrouille supplémentaire et non rémunéré, sans pouvoir de décision ni garanties de sécurité, l’« autonomisation » risque de reproduire les charges qu’elle prétend transformer. La question n’est pas de savoir si les femmes protègent mieux la forêt que les hommes, mais qui décide de l’usage des terres, qui supporte les risques environnementaux et quel travail est reconnu.
L’exemple de Farhan rappelle qu’une action locale ne peut durer sans ressources institutionnelles et soutien collectif, au-delà des louanges adressées à une héroïne individuelle. Pour découvrir le récit d’une autre femme autochtone engagée dans la protection de l’environnement, voir l’intervention de Nina Gualinga sur les gardiennes de la forêt.
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