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Éthique du care · Commentaire

Engagement de Buenos Aires : une société du care

Chapô

L’Engagement de Buenos Aires de 2022 relie le droit au care au travail, aux services publics, à l’autonomie et aux responsabilités budgétaires.

FemRes / 11 novembre 2022
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Analyse de l'article

Lorsque le care relève seulement de l’amour et de la responsabilité familiale, ses conditions échappent facilement au débat public : qui le fournit, qui peut refuser et comment vivent les personnes qui l’assurent ? L’Engagement de Buenos Aires politise ces arrangements. Ce texte espagnol du 11 novembre 2022, issu de la Conférence régionale sur les femmes de l’Amérique latine et des Caraïbes, propose une société du care reconnaissant les droits des personnes qui donnent et reçoivent des soins. Un travail assimilé à une disposition privée devient une responsabilité institutionnelle.

Le point 8 reconnaît les droits de prendre soin, de recevoir des soins et de prendre soin de soi, en partageant les responsabilités entre État, entreprises, familles, communautés et individus. Il ne demande ni des contributions identiques ni un retour à l’éloge du sacrifice féminin. Le point 9 articule temps, ressources, prestations et services publics universels. La reconnaissance doit transformer l’accès au temps, aux revenus et aux alternatives, plutôt que seulement constater l’épuisement.

Deux ensembles de droits à maintenir

Le point 10 demande l’élargissement des congés, notamment un congé de paternité non renonçable et non transférable. Il conteste le principe institutionnel selon lequel les femmes assurent le care et les hommes apportent une aide facultative. Le point 13 traite des droits des travailleuses domestiques. Le confort d’une famille ne peut justifier que d’autres femmes soient privées de protection professionnelle. Si le soutien public facilite seulement l’embauche de travailleuses mal payées par des femmes aisées, le coût de la division du travail a peut-être changé de mains sans être réparti équitablement.

Le point 14 affirme aussi l’autonomie, l’indépendance et la liberté de décision des personnes handicapées. Fournir un soin ne donne pas autorité sur la vie de sa destinataire. Le point 22 associe aux politiques les organisations d’aidantes et de personnes dépendant des soins, les syndicats du travail domestique et les groupes féministes. Ni les conditions de travail ni le contrôle des usagères sur les services ne doivent être annulés au nom des besoins de l’autre partie. Les divergences nécessitent des institutions permettant négociation et responsabilité.

Les migrations révèlent l’échelle du problème. Les points 23–24 abordent les structures de vulnérabilisation et les droits des femmes dans les chaînes mondiales et régionales du care. Aider un foyer dans le pays d’arrivée ne résout pas l’ensemble de la question : famille de la travailleuse, droits transfrontaliers et participation aux décisions peuvent rester hors champ. Un droit public au care ne peut abandonner ses coûts aux personnes situées de l’autre côté de la frontière.

Les budgets donnent un contenu aux engagements

Les points 26–31 relient care, recettes, dépenses, investissements, fiscalité progressive, dette et restrictions budgétaires. Réduire les services ne supprime généralement pas les besoins : le travail gratuit peut retourner aux foyers et se répartir selon les rapports de genre et de classe existants. Le texte demande d’éviter les coupes aggravant pauvreté et surcharge des femmes. Les politiques du care concernent donc les effets de l’ensemble de la politique économique, au-delà d’une enveloppe spécialisée.

Les points 34–35 demandent de mesurer l’usage du temps, le travail non rémunéré et le bien-être au-delà du PIB. Une tension demeure : si le care compte uniquement parce qu’il stimule emploi et croissance, les personnes ne pouvant accéder au travail rémunéré redeviennent-elles secondaires ? Le droit de recevoir des soins permet de contester cette logique instrumentale. Le point 45 prévoit un suivi volontaire. L’engagement politique ne démontre pas que les services existent et ne remplace pas l’examen des budgets, de la couverture et des expériences vécues.

La Stratégie de Montevideo offre un parcours d’application par les institutions, les financements, l’information et la reddition de comptes. Servants of Globalization de Rhacel Salazar Parreñas demande quelles séparations familiales et charges de care libèrent le temps d’autres foyers. Ensemble, ces lectures font d’une société du care un critère de redistribution effective des responsabilités, au-delà d’une aspiration rassurante.

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