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Stratégie de Montevideo : réaliser l’égalité

Chapô

La Stratégie de Montevideo de 2016 relie l’égalité aux institutions, à la participation, aux budgets, aux données et à la reddition de comptes.

FemRes / 28 octobre 2016
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Analyse de l'article

Déclarer son soutien à l’égalité et permettre à celle-ci de modifier les décisions publiques sont deux réalisations différentes. La Stratégie de Montevideo examine la distance institutionnelle qui les sépare. Ce texte espagnol du 28 octobre 2016, issu de la Conférence régionale sur les femmes de l’Amérique latine et des Caraïbes, relie l’application du Programme régional pour l’égalité à l’Agenda 2030. Il organise les rapports entre pouvoirs, institutions, financements et contrôle.

Le document identifie quatre nœuds structurels qui se renforcent : inégalités socioéconomiques et pauvreté ; cultures patriarcales, discriminatoires et violentes et privilèges ; division sexuelle du travail et organisation injuste du care ; concentration du pouvoir public. Un progrès visible dans un domaine ne prouve donc pas que la domination se desserre partout. Davantage de femmes en emploi peuvent aussi subir un travail total accru si la répartition du care et le pouvoir de décision restent inchangés.

Participer au-delà de la présence

Dix axes comportent 74 mesures concernant normes, institutions, participation, capacités étatiques, financement, communication, technologie, coopération, information et responsabilité. L’égalité engage l’ensemble de l’État au lieu de rester une tâche isolée d’un service chargé des femmes. Finances, planification, justice et ministères sectoriels doivent y contribuer. Mais étendre les responsabilités administratives ne donne pas automatiquement aux organisations de femmes le pouvoir de modifier les politiques.

Le troisième axe traite donc du leadership associatif, de conditions sûres de participation et de mécanismes permanents de conception, d’application et d’évaluation. Il reconnaît notamment les organisations de femmes autochtones, afrodescendantes, rurales, migrantes et handicapées et les personnes LGBTI. Un critère de lecture en découle : peuvent-elles contester une proposition encore modifiable, obtenir l’information et parler sans être sanctionnées ? Compter les présences à une consultation ne suffit pas.

Le cinquième axe aborde fiscalité, dépenses et investissements. Il demande d’estimer les besoins, de pratiquer une fiscalité progressive, de suivre les décaissements et d’éviter que les coupes en période de ralentissement n’augmentent le care gratuit des femmes. Les budgets ne sont pas une annexe technique de l’égalité : lorsque des dépenses disparaissent et que le travail revient aux foyers, la répartition du manque est politique. Des crédits promis mais non versés et des dépenses sans amélioration vécue posent également des questions différentes.

Des données pour pouvoir contester

Le neuvième axe demande des données ventilées, notamment par âge, origine, position socioéconomique et résidence, et un financement régulier des enquêtes sur l’usage du temps, les violences et d’autres domaines. Une moyenne peut masquer un groupe ou effacer des écarts entre femmes. Les indicateurs structurels, de processus et de résultats sont distingués : existence d’une loi, activités institutionnelles et amélioration des conditions de vie ne constituent pas le même accomplissement.

Le dixième axe relie une information fiable, suffisante et disponible à temps au contrôle citoyen, aux budgets et aux rapports étatiques. L’enjeu dépasse l’amélioration des formulaires : la société civile doit disposer d’espaces de dialogue et de surveillance. Les personnes concernées peuvent-elles utiliser l’information pour mettre en cause une décision ? Si seuls les organismes d’exécution interprètent les indicateurs, la responsabilité risque de devenir un récit du pouvoir sur lui-même.

La stratégie reconnaît l’hétérogénéité régionale et les différences de ressources. Elle demeure toutefois une feuille de route politique et technique, et non une évaluation démontrant la réussite des politiques partout. L’application par l’État et le contrôle indépendant de celui-ci restent en tension. Plans, formations et consultations ne prouvent pas l’autonomie des femmes ; l’ampleur des objectifs ne remplace pas l’identification des responsables, des décaissements et des conséquences d’un manquement.

L’Engagement de Buenos Aires offre le care comme terrain concret pour éprouver ces arrangements. L’étude de Chattopadhyay et Duflo sur les femmes responsables politiques en Inde apporte un autre type de preuve sur représentation et investissement public. Contextes et méthodes diffèrent : une étude ne valide pas toute la stratégie. Leur rapprochement permet plutôt d’interroger précisément les liens entre participation, ressources et résultats.

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