FemResLa revue vivante

Féminisme des données · Commentaire

Manifeste féministe des données — Manifest-No

Chapô

Le Feminist Data Manifest-No associe refus et engagements pour interroger l’ancrage corporel des données, la reproduction des inégalités et la possibilité réelle de dire non.

FemRes / 1 janvier 2019
01

Analyse de l'article

Le Feminist Data Manifest-No n’est pas une liste de contrôle destinée à rendre plus « éthique » la collecte de données déjà en place. Il associe refus et engagements pour demander comment les régimes de données produisent des risques, normalisent les corps et transforment l’expérience vécue en ressource extractible. La rédaction a été menée par Marika Cifor et Patricia Garcia ; le premier projet complet est issu d’un travail collectif avec TL Cowan, Jasmine Rault, Tonia Sutherland, Anita Say Chan, Jennifer Rode, Anna Lauren Hoffmann, Niloufar Salehi et Lisa Nakamura. La citation officielle date l’œuvre de 2019. Cette attribution collective rappelle que l’éthique féministe des données n’est pas une règle définie par une experte unique pour toutes les autres.

L’un des gestes essentiels du manifeste consiste à refuser de traiter les données comme une matière abstraite, détachée des corps. Elles sont produites dans des relations et des institutions, et peuvent transporter des différences de race, de genre, de classe, de sexualité, de handicap et de nationalité dans des systèmes de classement et de surveillance. Le texte conteste donc l’idée que le risque aurait le même sens pour tout le monde et critique les institutions qui invoquent la transparence ou la complexité technique pour échapper à leurs responsabilités. Il ne demande pas seulement qu’un système soit explicable : il interroge qui définit le problème, qui peut interpréter les données, qui supporte les conséquences d’une erreur et à quel moment les informations doivent cesser d’être conservées ou utilisées.

La question la plus concrète — et la plus difficile — est de savoir si le « non » peut devenir une véritable option. Refuser le suivi, la divulgation de données ou un service automatisé n’est pas toujours sans danger : lorsque l’accès aux prestations sociales, à l’éducation, au travail ou aux soins dépend du consentement aux données, se retirer peut faire perdre une ressource nécessaire. Le refus ne transfère donc pas la responsabilité à chaque personne et ne recherche pas une pureté hors de toute institution. Le texte s’engage aussi à entrer dans des espaces compromis, comme l’université et l’industrie, afin d’en déstabiliser les rapports de pouvoir. La tension est féconde : si l’on ne peut pas librement sortir d’un dispositif, le refus exige organisation collective, solutions de remplacement et changements institutionnels responsables — pas seulement un bouton de confidentialité.

Pour la recherche ou la conception de produits, le manifeste invite à poser trois questions : de qui les données décrivent-elles la vie, qui a participé à cette description, et le consentement comprend-il un choix intelligible, révocable et un refus qui ait un effet réel ? Il ne fixe pas une norme technique valable pour toutes les communautés et ne prétend pas que toutes les données doivent être détruites. Il exige que leur conservation et leur analyse assument des responsabilités relationnelles. À lire avec les Principes féministes de l’Internet — version 2.0 : les premiers mettent en avant les droits et la gouvernance du réseau, tandis que le manifeste fait entrer le refus dans les pratiques de données et la responsabilité institutionnelle. Le site officiel Manifest-No donne accès au texte intégral, aux collaborateurs et à la citation recommandée ; la notice de l’Université de Washington indique les auteurs et l’année 2019.

02

Poursuivre cette question

01
Pour aller plus loin / 9 janvier 2019

Femmes afrodescendantes en Amérique latine et dans les Caraïbes : les dettes de l’égalité

Economic Commission for Latin America and the Caribbean

02
Pour aller plus loin / 8 mars 2024

Biais de genre dans l'IA : Le signal d'alarme de 2024

ONU Femmes & UNESCO

03
Pour aller plus loin / 12 février 2011

Changer le cadre : justice du handicap

Mia Mingus

Réponses des lecteurs

Courrier des lecteurs

Répondez à cet article ou ajoutez une source utile au débat.

Rejoindre la discussion

Réponses

Chargement des commentaires...

Soutenir

Si ce contenu vous a été utile

Soutenir FemRes