
Théorie féministe · Livres
La Femme folle dans le grenier : L'écrivaine et l'imagination littéraire du XIXe siècle
Titre originalThe Madwoman in the Attic: The Woman Writer and the Nineteenth-Century Literary Imagination
L'ouvrage classique de critique littéraire féministe publié en 1979 analyse profondément comment les écrivaines du XIXe siècle ont trouvé leurs voix au sein des traditions littéraires patriarcales.
Critique et guide de lecture
“La Femme folle dans le grenier : L’écrivaine et l’imagination littéraire du XIXe siècle”, publié par les critiques littéraires américaines Sandra Gilbert et Susan Gubar en 1979, est un ouvrage classique de critique littéraire féministe. Ce livre présente des recherches révolutionnaires sur la littérature féminine britannique et américaine du XIXe siècle, analysant profondément comment les écrivaines ont cherché et construit leurs voix au sein des traditions littéraires patriarcales.
L’argument central de Gilbert et Gubar est que les écrivaines du XIXe siècle faisaient face à une “angoisse de l’auteur” unique—elles devaient surmonter non seulement les difficultés universelles de la création littéraire, mais aussi se battre pour le droit de créer dans une culture qui considérait les femmes comme des “muses” plutôt que des “créatrices”. Elles empruntent le concept d’“angoisse de l’influence” de Harold Bloom, mais le transforment en “angoisse de l’auteur”—les écrivaines doivent trouver leur place au sein d’une tradition littéraire qui traite l’expérience masculine comme standard universel et l’expérience féminine comme “autre”.
L’analyse du livre de “Jane Eyre” de Charlotte Brontë est particulièrement célèbre. Gilbert et Gubar interprètent Bertha Mason—la “femme folle” enfermée dans le grenier—comme l’incarnation de la colère et de la passion refoulées de Jane Eyre. Elles notent que Bertha n’est pas l’opposée de Jane mais son “double obscur”—elle fait ce que Jane veut faire mais ne peut pas : brûler Thornfield Hall, résister à la domination de Rochester.
Gilbert et Gubar tracent la tradition littéraire féminine du XIXe siècle de Jane Austen à Emily Dickinson. Elles découvrent que ces écrivaines partageaient un ensemble unique de thèmes, d’images et de stratégies narratives—bien que ces expressions soient souvent covertés et symboliques.
L’analyse du livre du “Paradis perdu” de Milton est également significative. Gilbert et Gubar notent que l’épique de Milton a eu une influence profonde sur les écrivaines du XIXe siècle, mais cette influence était contradictoire—les écrivaines étaient à la fois attirées par le grand récit de Milton et devaient résister à l’idéologie qui y définissait les femmes comme “subordonnées”.
L’héritage de Gilbert et Gubar réside dans leur démonstration de comment la critique littéraire peut devenir un outil de politique féministe. Elles ont prouvé que la lecture attentive peut être combinée avec la critique idéologique, et que la recherche académique peut servir le changement social.
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