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Terroriser les femmes : le féminicide dans les Amériques

Féminisme latino-américain · Livres

Terroriser les femmes

le féminicide dans les Amériques

DirectionRosa-Linda Fregoso et Cynthia L. Bejarano

Un recueil interdisciplinaire dirigé par Rosa-Linda Fregoso et Cynthia L. Bejarano sur le féminicide dans les Amériques, l’impunité de l’État, les économies transnationales et les mobilisations des proches.

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Critique et guide de lecture

Dirigé par Rosa-Linda Fregoso et Cynthia L. Bejarano, Terrorizing Women mobilise le concept de feminicide pour analyser les violences de genre dans les Amériques. Les éditrices le décrivent comme une violence structurelle qui implique non seulement des auteurs individuels, mais aussi l’État, directement ou indirectement : il ne s’agit donc pas simplement d’un autre mot pour désigner le meurtre d’une femme. Le cadre élargit l’enquête à la police, au droit, à la mémoire publique et aux réparations : quelles disparitions sont recherchées, quelles morts peuvent être ignorées, et qui définit les preuves et la justice ? La responsabilité individuelle demeure, mais elle est replacée dans les relations institutionnelles qui rendent possibles la violence et l’impunité.

La table des matières de l’éditeur organise le recueil en trois parties liées : « Localizing Feminicide », « Transnationalizing Justice » et « New Citizenship Practices ». Elle annonce notamment l’analyse de Julia Estela Monárrez Fragoso sur la fétichisation sexuelle des victimes de Ciudad Juárez, le chapitre de Rita Laura Segato sur territoire et souveraineté, des études sur le Guatemala et le Costa Rica, puis des textes sur les réparations transnationales, la responsabilité à la frontière, un reportage photographique sur le mouvement pour la justice à Chihuahua et les manifestations des Mujeres de Negro. Les trois parties vont de la mise en contexte locale des violences aux réparations transfrontalières, puis aux pratiques civiques des proches et des militantes.

Les essais proviennent de Ciudad Juárez et traversent le Mexique, le Guatemala, le Costa Rica, l’Argentine et le Pérou. Les contributeurs relient les meurtres et les disparitions aux économies d’exportation, à la militarisation, aux survivances de la dictature et de la guerre civile, au travail racialisé, à la migration et à la marchandisation sexuelle du corps des femmes. Cette géographie est importante : la violence ne s’explique pas par une culture régionale abstraite de machisme, mais par des arrangements historiquement spécifiques en matière de capital, de territoire, de maintien de l’ordre et de citoyenneté.

Les témoignages de proches et de militants interrompent la distance académique. Les familles recherchent, documentent, défilent, constituent des archives et exigent des comptes lorsque les institutions officielles refusent d’agir. Leurs connaissances ne sont pas incluses simplement pour humaniser une théorie développée ailleurs ; il change la théorie en montrant comment les catégories, les preuves et les remèdes émergent des mouvements. Le reportage photo sur le mouvement pour la justice à Chihuahua traite de la même manière la mémoire publique comme une infrastructure politique.

Le volume est également précieux pour les questions qu’il soulève sur le droit. Nommer le féminicide peut rendre lisible la violence structurelle et créer de nouvelles voies vers la responsabilisation, mais les catégories criminelles ne peuvent à elles seules réparer des institutions déjà organisées par le racisme, la pauvreté et l’impunité. Une réponse féministe doit donc combiner la lutte juridique avec les droits du travail, la justice migratoire, la sécurité communautaire et le soutien matériel aux survivantes et aux familles.

Publié en 2010, le recueil constitue une intervention située et non un état actuel des statistiques dans les Amériques. Son intérêt durable est d’inviter à ne pas consommer les crimes comme des faits divers isolés, mais à demander comment la violence est administrée, normalisée et rendue profitable, et comment les pratiques féministes collectives peuvent contester ces mécanismes. Le cadrage et les thèmes de chapitres résumés ici suivent la présentation et la table des matières de Duke University Press.

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