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Bottoms

Féminisme queer · Écran

Bottoms

Une comédie de campus surréaliste réalisée par Emma Seligman sur deux lycéennes queer qui créent un club de combat après l'école pour séduire leurs pompom girls de rêve. Ce film explore les thèmes de l'identité queer, de l'amitié féminine, de la subversion du pouvoir genré et de l'éveil sexuel adolescent à travers des techniques extrêmement exagérées, devenant une œuvre représentative du nouveau féminisme queer.

Réalisateur
Emma Seligman
Année
2023
Région
États-Unis
Durée
92 min

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Bottoms (2023) d’Emma Seligman est une comédie de campus follement anarchique et satiriquement acérée qui démolit efficacement les dynamiques de pouvoir genré traditionnelles du genre lycéen. Centré sur deux autoproclamées « lesbiennes sans talent et moches », PJ (Rachel Sennott) et Josie (Ayo Edebiri), le film suit leur plan absurde de créer un club de combat réservé aux filles sous couvert d’« auto-défense » pour les survivantes d’agression sexuelle — tout cela comme une ruse alambiquée pour perdre leur virginité avec des pompom girls populaires. Bien que la prémisse penche vers le ridicule, Seligman utilise ce terrain de jeu hyper-réel et surréaliste pour déconstruire la « culture bro » et le culte des sportifs toxiques que les films pour ados typiques sanctifient. En plaçant deux filles queer socialement marginalisées à la tête d’une rébellion physique organisée, le film transforme la violence d’un outil de domination masculine en un véhicule viscéral pour l’agentivité féminine et la politique du corps brut.

L’esprit révolutionnaire de Bottoms réside dans son refus d’« aseptiser » l’expérience queer ou d’exiger que ses protagonistes soient des modèles féministes parfaits. PJ et Josie sont égoïstes, manipulatrices et souvent complètement dépassées, mais c’est précisément leur humanité imparfaite et « antipathique » qui en fait des représentantes si révolutionnaires du féminisme queer de la Gen Z. Leur amitié est dépeinte avec une honnêteté brute qui reconnaît la compétition et la trahison aux côtés d’une loyauté profondément ancrée. Alors que le club de combat évolue d’un mensonge tactique en un espace véritable pour les jeunes femmes de réclamer leur pouvoir physique, le film critique comment la société socialise les filles pour être des objets dociles et protégés. Dans le monde de Seligman, la vue de pompom girls couvertes de sang et d’ecchymoses n’est pas une tragédie, mais une subversion célébratoire des stéréotypes policés et hyper-féminins habituellement imposés sur elles.

Visuellement et tonalement, le film opère avec une logique surréaliste où l’équipe de football fonctionne essentiellement comme un culte paramilitaire et l’administration de l’école est comiquement indifférente au chaos qui se déroule. Cette réalité exacerbée permet au récit de railler tout, de la culture de la « sécurité » performative à la fétichisation du traumatisme féminin. L’inclusion de Mr. G (Marshawn Lynch) comme professeur désengagé qui devient en quelque sorte le conseiller du club fournit une subversion hilarante de l’archétype du « mentor sage ». L’acte final du film — une bataille gores et démesurées sur le terrain de football — est une destruction littérale de l’espace le plus sacralisé par le patriarcat dans la culture du lycée américain.

En fin de compte, Bottoms sert à la fois de divertissement délirant et de manifeste politique, prouvant que les femmes queer n’ont pas besoin d’être des saintes ou des victimes pour commander l’écran — elles ont juste besoin du droit d’être aussi bruyantes, violentes et hilarement chaotiques que les garçons qu’elles déplacent. En réclamant le récit du « loser » et en l’infusant de désir queer et de combat physique, Emma Seligman a créé une œuvre qui ressemble à une héritière spirituelle de Heathers et Fight Club, mais avec une perspective qui est fondamentalement, sans excuses, féminine. Elle affirme que le véritable empowerment nécessite parfois de faire un énorme désordre sanglant du statu quo.

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