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Les Filles d’Olfa

Féminisme arabe · Écran

Les Filles d’Olfa

Kaouther Ben Hania combine témoignage, reconstitution et performance visible pour examiner comment la violence, l'autorité maternelle, les bouleversements politiques et le recrutement extrémiste se propagent au sein d'une famille tunisienne.

Réalisateur
Kaouther Ben Hania
Année
2023
Région
France / Tunisie / Allemagne / Arabie saoudite
Durée
107 min

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Quatre filles commence par une absence : deux des quatre filles d’Olfa Hamrouni ont quitté la Tunisie et rejoint l’État islamique en Libye. Kaouther Ben Hania ne reconstitue pas leur histoire uniquement à partir de témoignages documentaires conventionnels. Des acteurs professionnels incarnent les filles disparues et parfois Olfa, tandis que la vraie mère et ses deux plus jeunes filles interrompent, corrigent, répètent et revivent l’histoire familiale devant la caméra.

Le dispositif fait de la représentation elle-même une partie du film. La reconstitution peut donner un langage à des souvenirs qui ont été répétés sous forme d’accusation ou de silence, mais elle peut également exposer les participants à une douleur renouvelée. En gardant visibles les acteurs, l’équipe et les négociations, Ben Hania refuse l’illusion selon laquelle un cinéaste extrait simplement la vérité. Les femmes se voient interprétées et reprennent un certain pouvoir pour contester la scène.

Le film retrace la violence patriarcale à toutes les échelles. Un père absent et violent, la discipline sévère d’Olfa, la police sexuelle, les bouleversements qui ont suivi la révolution tunisienne et les promesses extrémistes de certitude morale ne forment pas une simple chaîne de reproches. Olfa est à la fois une survivante et un agent du mal ; ses filles ne sont ni des victimes passives ni des rebelles romantiques. Cette complexité empêche la « radicalisation » de devenir une explication qui met fin à l’enquête.

Sa réussite la plus féministe est de rendre visible la transmission intergénérationnelle sans réduire la maternité à la culpabilité. L’amour, la peur, la punition, l’humour et la résistance cohabitent au sein de la famille. Le film demande de quoi héritent les filles lorsque les stratégies de survie d’une mère se sont formées sous la violence, et si la performance collective peut créer une relation différente à cet héritage. Il n’offre aucune solution thérapeutique, seulement une façon de voir plus responsable.

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