FemResLa revue vivante
The Bacchus Lady

Âgisme et genre · Écran

The Bacchus Lady

Titre original죽여주는 여자

Une travailleuse du sexe âgée dans un parc de Séoul se trouve confrontée à pauvreté, maladie et demandes de mort. E J-yong ramène le vieillissement vers classe, genre, care et dignité.

Réalisateur
E J-yong
Année
2016
Région
Corée du Sud
Durée
110 min

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So-young, protagoniste de The Bacchus Lady, est une « dame Bacchus » de soixante-cinq ans, l’une des femmes qui vendent des services sexuels à des hommes âgés dans le parc Jongno de Séoul, nommées d’après les boissons énergétiques utilisées pour approcher les clients. Le métier n’est pas un décor exotique, mais s’inscrit dans le vieillissement rapide, les retraites insuffisantes, le relâchement familial et les faibles revenus cumulés des femmes. Son corps est outil de survie, corps stigmatisé et lieu où d’autres cherchent contact et care.

Youn Yuh-jung refuse de réduire So-young à la victime ou à la souffrance noble. Pragmatique, drôle et capable de négocier, elle prend aussi soin d’un enfant kopino rencontré par hasard. Avec une voisine transgenre et un fabricant de prothèses handicapé, elle forme une communauté marginale hors famille conventionnelle. Ils s’offrent nourriture, abri et compagnie, sans sécurité institutionnelle. L’entraide est réelle tout en étant forcée de combler les vides du care public.

Le récit se tourne vers les clients âgés. Des hommes vivant avec AVC, démence, solitude et perte de contrôle lui demandent de les aider à mourir. Service sexuel et fin de vie entrent dans une même chaîne cachée : la société refuse le désir des personnes âgées autant que leur dépendance, et ses tâches les plus intimes et dangereuses tombent sur une femme âgée pauvre. Sans autorité médicale ni protection juridique, elle doit porter les décisions éthiques abandonnées par l’institution.

Une lecture féministe doit tenir deux idées. Le travail du sexe ne se confond pas avec la passivité ; So-young possède jugement, savoir-faire et relations. Mais le choix a lieu avec peu de retraite, de logement et d’emploi. Le film ne développe pas la décriminalisation, les droits ou la protection sociale comme politique, ce qui constitue une limite. Il montre cependant comment âgisme et genre obligent une femme qui a pris soin toute sa vie à vendre encore son corps et son travail émotionnel.

La mort assistée refuse aussi la réponse facile. Elle peut répondre à la souffrance et à l’autonomie, mais risque de cacher la question antérieure : ces hommes ont-ils reçu accessibilité, care de longue durée, soutien psychologique et relations rendant la vie possible ? Quand la mort semble le seul choix contrôlable, ses conditions doivent être examinées. Que So-young supporte seule la conséquence légale montre l’individualisation d’un échec collectif.

The Bacchus Lady est autant un film sur le travail que sur l’âge. Il rend visibles celles et ceux que la modernisation coréenne a laissés dans les parcs, cliniques bon marché et petites chambres, et conteste l’idée que la famille prend naturellement soin des aîné·es. La société juge So-young indigne tout en lui confiant le travail dont elle a besoin et qu’elle refuse de reconnaître : toucher, écouter, soigner, accompagner vers la mort. Il ne s’agit pas de louer son sacrifice, mais de demander pourquoi une société riche fait tomber ces responsabilités sur elle sous une forme si isolée, dangereuse et inégale.

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