FemResLa revue vivante
Fausta

Féminisme latino-américain · Écran

Fausta

Titre originalLa teta asustada

À travers une femme autochtone péruvienne vivant avec une peur héréditaire, le film examine comment la violence sexuelle en temps de guerre survit dans les corps, les foyers, la musique et les relations de service inégales.

Réalisateur
Claudia Llosa
Année
2009
Région
Pérou / Espagne
Durée
94 min

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Fausta pense qu’elle porte « le lait du chagrin », la peur transmise par le lait maternel des mères violées pendant le conflit armé interne au Pérou. Le principe rend la violence historique corporelle et intergénérationnelle sans présenter le traumatisme comme un souvenir qui peut simplement être raconté et laissé derrière soi. Après la mort de sa mère, les frais d’enterrement et le travail dans une maison riche obligent Fausta à des rencontres qui mettent à l’épreuve les défenses qu’elle a construites autour de son corps.

Le film relie la violence sexuelle à la hiérarchie de classe et de race. L’employeur de Fausta, un pianiste, écoute les chansons à travers lesquelles Fausta conserve la mémoire familiale et les transforme en matériel culturel pour sa propre carrière. Le service domestique devient un lieu où cohabitent intimité et exploitation : l’employeur peut admirer l’expression autochtone tout en méprisant la femme qui la produit.

Le style symbolique de Claudia Llosa a suscité d’importants débats. Le film peut être lu comme donnant une forme visuelle et musicale à une violence que les récits officiels répriment, mais il peut aussi risquer de rendre le corps d’une femme autochtone mystérieux, pathologique ou accessible à un regard d’art et d’essai. Le visionnage féministe devrait maintenir cette tension ouverte plutôt que de considérer les récompenses du film comme la preuve que la représentation est politiquement résolue.

Le mouvement de Fausta vers l’action est discret et incomplet. Guérir ne signifie pas oublier la guerre ou accepter l’accès des autres à son corps ; cela implique de créer des conditions dans lesquelles la peur ne dicte plus toutes les relations. Le film est utile pour discuter du viol en temps de guerre, des traumatismes héréditaires, de l’autonomie reproductive, du travail domestique et de la circulation inégale des connaissances des femmes autochtones.

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