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Études technologiques féministes noires · Recherche

Un avenir pour les études technologiques féministes noires intersectionnelles

A Future for Intersectional Black Feminist Technology Studies

Safiya Umoja Noble relie la représentation des femmes noires dans les moteurs de recherche à l’extraction, au travail et aux déchets de l’infrastructure numérique.

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Résumé

Noble appelle à étudier Internet depuis le féminisme noir et l’intersectionnalité : il faut analyser la représentation racialisée dans les moteurs de recherche, mais aussi l’extraction, le travail et les déchets qui rendent l’infrastructure numérique possible, ainsi que la répartition inégale de ces coûts.

Mots-clésétudes technologiques féministes noiresmoteurs de rechercheinfrastructures numériquesintersectionnalitécapitalisme racial
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Notes de recherche

« A Future for Intersectional Black Feminist Technology Studies » de Safiya Umoja Noble n’est pas une liste de mesures pour rendre Internet « plus équitable ». L’article demande qui définit le progrès technique, qui est considéré comme l’utilisateur par défaut, quels savoirs entrent dans les systèmes d’information et quelles vies restent hors champ. Noble réinscrit la pensée féministe noire dans les études de l’information et d’Internet. Son propos ne consiste pas seulement à ajouter des catégories identitaires : il s’agit de garder l’intersectionnalité liée aux traditions intellectuelles féministes noires qui analysent ensemble les rapports de race, de genre, de classe, de sexualité et de pouvoir.

L’article commence par la représentation en ligne. S’appuyant sur ses recherches sur l’hypersexualisation des femmes et des filles noires dans les résultats des moteurs de recherche commerciaux, Noble montre que le problème ne se réduit ni à quelques résultats offensants ni à une erreur algorithmique isolée. Les classements et les systèmes de catégorisation déterminent quelles images sont faciles à trouver, quels récits peuvent passer pour du bon sens et quelles informations des institutions publiques risquent de tenir pour crédibles. Elle relie ces violences de représentation aux conditions matérielles : des images dégradantes peuvent contribuer à faire paraître naturelles des formes d’exclusion déjà existantes. Cela ne signifie pas que les images en ligne causent à elles seules l’inégalité ; la question est de savoir comment les systèmes techniques prennent part aux rapports de pouvoir et les amplifient.

Le déplacement le plus important consiste à sortir de l’écran. Noble passe des recherches et des contenus à l’infrastructure matérielle d’Internet : les appareils dépendent de l’extraction minière, de la fabrication, de la maintenance et de travaux répartis entre plusieurs pays ; les appareils jetés rejoignent des circuits de déchets toxiques. Les exemples de l’article en 2016 — extraction minière en République démocratique du Congo, chaînes d’approvisionnement liées à la Silicon Valley et déchets électroniques au Ghana — rendent visibles les corps, les terres et le travail qui soutiennent un réseau souvent présenté comme léger, instantané et immatériel. Ici, l’intersectionnalité ne juxtapose pas des étiquettes : elle relie histoire coloniale, circulation du capital, dommages environnementaux et usages numériques ordinaires. Noble met aussi en cause les récits d’émancipation individualisés autour de l’apprentissage du code ou de l’entrée dans le secteur technologique : les opportunités individuelles ne remplacent pas une interrogation collective sur les infrastructures et la distribution des ressources.

La contribution de l’article est de prolonger « qui est visible ? » par « qui construit et entretient le monde numérique, et qui en supporte les coûts ? ». Ses limites comptent également. Publié en 2016, il présente des statistiques et des descriptions géopolitiques historiques qui ne doivent pas être reprises comme des données actuelles sans nouvelles recherches. Les liens transnationaux qu’il trace ne rendent pas interchangeables les histoires du Congo, du Ghana, des États-Unis et des communautés de la diaspora africaine. On peut le lire en se demandant qui bénéficie du confort technologique, où ses coûts sont déplacés et si les communautés concernées ont le pouvoir de définir le problème et de transformer le système.

Lire aussi Algorithmes de l’oppression de Noble pour examiner la manière dont les moteurs de recherche organisent un savoir racialisé, puis Féminisme des données de Catherine D’Ignazio et Lauren F. Klein pour comparer une approche féministe apparentée, mais distincte, des données et du pouvoir. Lire l’article original sur le site du Barnard Center for Research on Women.

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