Justice du handicap · Recherche
Normes de genre et mobilisation pour les droits des femmes handicapées dans le Sri Lanka d’après-guerre
Experiences of Gendered Norms and Mobilizing for Rights of Women Living With Disabilities in the Post-war Context in Sri Lanka
Sarala Emmanuel et Shreen Saroor documentent les normes de genre, les services inaccessibles et les lacunes dans la réponse aux violences vécues par des femmes handicapées de l’est du Sri Lanka, ainsi que la transformation de leurs expériences collectives en plaidoyer.
Résumé
Ce policy brief s’appuie sur des consultations et des cas dans l’est du Sri Lanka pour montrer comment, dans un contexte d’après-guerre, les femmes handicapées rencontrent des normes de genre, des obstacles d’accès aux services et des lacunes dans les réponses aux violences. Il décrit un processus situé de plaidoyer participatif, et non une enquête représentative à l’échelle nationale.
Notes de recherche
Sarala Emmanuel et Shreen Saroor partent d’une question que les catégories administratives tendent à séparer : dans l’est du Sri Lanka d’après-guerre, comment les femmes handicapées font-elles face aux normes de genre, à l’inaccessibilité des services publics et à la difficulté d’obtenir sécurité et soutien ? Publié en 2022, ce policy brief ne se contente pas d’énumérer un « groupe vulnérable ». Il fait entrer des expériences situées dans la construction d’un plaidoyer pour les droits et demande si les institutions peuvent réellement les entendre et leur permettre de participer aux décisions.
Les éléments présentés proviennent de consultations menées de mars à juillet 2020 à Ampara, Batticaloa et Trincomalee. En collaboration avec des organisations locales de personnes handicapées, les autrices ont consulté 75 femmes et 11 hommes handicapés. Les cas évoquent des transports inaccessibles, des retards de services lors d’inondations, les responsabilités de soin et des blessures liées au conflit. Un autre récit suit une femme qui tente de fuir des violences domestiques mais ne parvient pas à rejoindre un refuge sous les restrictions liées au COVID. Ces situations montrent comment les dispositifs de recours et de soutien peuvent ne pas répondre aux besoins des femmes handicapées. Plus largement, une règle ou un service sans prise en compte de la mobilité, de la communication et des besoins de soin peut être officiellement ouvert sans être réellement accessible.
L’analyse ne réduit pas le handicap à une caractéristique individuelle. La possibilité de se déplacer en sécurité, d’obtenir des services et d’exprimer ses besoins dépend à la fois des attentes genrées, de l’environnement matériel et des réponses institutionnelles. Les dispositifs contre les violences révèlent particulièrement les limites de l’idée d’un service « pour tout le monde » : sans accessibilité des hébergements, des orientations ou de l’information, un système censé protéger peut rester inaccessible à certaines personnes. Les autrices relient ainsi les expériences des femmes handicapées aux débats plus larges sur la justice de genre, au lieu de les enfermer dans une catégorie d’aide sociale distincte.
Le brief s’intéresse également à la circulation du savoir vers les politiques publiques. Les consultations et les cas ont nourri un document de position ; les revendications et la terminologie relative aux droits des personnes handicapées ont été discutées collectivement puis soumises à un comité constitutionnel. Les documents ont été préparés en anglais, en cinghalais et en tamoul. Les participantes ne sont pas seulement des personnes consignées par la politique : elles ont contribué à définir les problèmes, à ajuster les termes et à proposer des pistes de changement. Le plaidoyer collectif ne supprime pas automatiquement les rapports de pouvoir au sein des organisations, mais rapproche la responsabilité des textes de celles et ceux qu’ils affectent.
Il ne s’agit pas d’une enquête représentative de l’ensemble du Sri Lanka : les matériaux viennent de consultations dans trois districts de l’Est et de cas inscrits dans une période précise d’après-guerre et de pandémie. Ils ne permettent pas de supposer que toutes les femmes handicapées vivent la même chose. La valeur du brief est de relier des expériences situées aux responsabilités institutionnelles et à l’action collective. À lire avec l’étude sur l’autonomie reproductive des femmes handicapées au Zimbabwe, qui aborde l’intimité et les soins reproductifs par les récits, puis avec la recherche sur les films participatifs de filles handicapées au Vietnam pour réfléchir à la capacité de définir un problème. L’article de Frontiers précise le contexte des consultations, la portée des cas et les recommandations.
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