FemResLa revue vivante

Inégalités au travail · Recherche

Hiérarchies, emplois, corps

Hierarchies, Jobs, Bodies: A Theory of Gendered Organizations

Joan Acker montre comment des emplois apparemment neutres supposent des personnes libérées du care et relie règles, interactions et corps.

Lire l’article
Partager cette ressource
X ↗Facebook ↗

01

Notes de recherche

Une organisation peut produire de l’inégalité avant même d’évaluer une candidate. Dans cet article théorique de 1990, Joan Acker déplace l’attention des femmes qui entrent dans les institutions vers les institutions elles-mêmes. Descriptions de poste, échelles de promotion, classifications salariales et échanges quotidiens deviennent des objets à expliquer. Ils ne constituent plus un décor neutre où surgirait occasionnellement un préjugé individuel. Il s’agit d’un cadre d’analyse, pas d’une enquête représentative sur les entreprises.

La personne cachée dans l’emploi abstrait

Un poste peut exiger une carrière continue, une mobilité géographique et une disponibilité permanente sans mentionner le sexe. Ces conditions supposent pourtant souvent que quelqu’un d’autre assure le travail domestique, la reproduction et les urgences du soin. Le travailleur désincarné d’Acker possède un corps dont les besoins et les dépendances ont disparu des comptes de l’organisation. Une norme universelle peut ainsi prendre pour modèle un arrangement masculin particulier entre travail rémunéré et travail gratuit.

L’évaluation des emplois constitue un autre lieu décisif. L’organisation décide quelles compétences méritent salaire et prestige, puis présente les écarts comme le reflet objectif de leur valeur. La coordination et l’entretien des relations dans les métiers féminisés risquent d’être minorés pendant cette construction. Interroger la fabrication de l’instrument permet d’aller au-delà de la seule égalité d’accès à un entretien qui l’utilise.

L’organisation se fabrique aussi dans les interactions

Acker articule divisions du travail et du pouvoir, symboles culturels, interactions, identités individuelles et logique organisationnelle. Ces processus ne sont pas des cases indépendantes. L’image d’un leadership ferme peut déterminer quelle interruption paraît légitime en réunion, tout en orientant les personnes qui se reconnaissent comme cadres possibles. Harcèlement sexuel et jugements sur les corps appartiennent donc à l’analyse du travail.

Ce cadre permet de contester l’idée selon laquelle des règles formellement égales ne laisseraient subsister qu’un manque d’ambition féminine. Si la promotion assimile engagement et disponibilité illimitée, encourager les femmes à imiter le salarié idéal leur renvoie les coûts de l’adaptation. Un planning, une grille de classification ou un compte rendu de réunion offrent des points de départ concrets : quel temps est protégé, quelle contribution devient visible ?

Une investigation située reste nécessaire. Cette théorie de 1990 ne prouve pas que toutes les institutions partagent une même culture masculine. La position professionnelle, la classe et la racialisation modifient la capacité de négocier des exceptions ou de déléguer le care. Décrire un mécanisme possible ne suffit pas à l’attribuer à une entreprise déterminée.

L’étude des tâches peu favorables à la promotion traduit cette interrogation en demandes de travail concret. L’enquête française sur le niveau de vie après rupture pose une autre question : lorsque le soutien domestique présupposé par l’emploi se défait, qui en supporte les coûts accumulés ?

Réponses des lecteurs

Discussion scientifique

Répondez à cette recherche ou ajoutez un article à lire collectivement.

Rejoindre la discussion

Réponses

Chargement des commentaires...

Soutenir

Si ce contenu vous a été utile

Soutenir FemRes