FemResLa revue vivante

Féminisme décolonial · Projection

Féminisme décolonial : Yuderkys Espinosa Miñoso

Yuderkys Espinosa Miñoso analyse la façon dont la colonialité structure les savoirs féministes et remet en cause l’idée d’une expérience universelle de « la femme ».

YouTube / 0:39.3
Voir sur la plateforme d'origine ↗
01

Notes de projection

Dans cette intervention sur le féminisme décolonial, Yuderkys Espinosa Miñoso déplace la critique au-delà de la question de la représentation. Il faut aussi demander qui peut produire de la théorie, quelles expériences sont présentées comme savoir général et quelles histoires restent marquées comme particulières. La colonialité permet d’examiner comment des hiérarchies héritées de l’ordre colonial continuent d’organiser institutions, catégories et critères d’intelligibilité, même après la fin formelle du colonialisme.

La critique vise la figure apparemment universelle de « la femme ». Lorsqu’une partie du féminisme transforme certains parcours — souvent blancs, urbains et de classe moyenne — en expérience de toutes, les femmes racisées apparaissent comme une différence ajoutée plutôt que comme des sujets capables, elles aussi, de produire des concepts. Espinosa inscrit son intervention dans une longue histoire de critiques formulées par des femmes noires, autochtones et d’autres femmes racisées contre le racisme dans les mouvements et les savoirs qui parlent à leur place. Ajouter des identités à une liste ne suffit pas si les règles qui définissent qui parle et ce qui compte comme théorie restent intactes.

Ce déplacement est épistémique autant que politique. Revoir les sources du savoir féministe change aussi le diagnostic des inégalités : les hiérarchies de genre ne fonctionnent pas indépendamment de la race, de la classe, des histoires coloniales et de l’organisation du travail. Il ne faudrait pourtant pas figer l’argument en opposition simple entre un « Nord » uniforme et un « Sud » homogène. Les généalogies latino-américaines sont plurielles et disputées ; nommer la colonialité demande de retracer des relations historiques concrètes et d’écouter les différences au sein des mouvements. Le décolonial vaut comme question exigeante sur les conditions de production du savoir, non comme nouvelle distinction de supériorité morale.

L’intervention reste précieuse parce qu’elle ne propose pas une liste d’autrices qui clôt le débat ; elle invite à changer notre lecture des archives, des programmes universitaires et des histoires militantes. La présentation de GLEFAS sur le féminisme décolonial situe le travail d’Espinosa dans les débats sur la critique épistémique ; l’entretien de Colectiva 110, UACM permet d’élargir cette perspective. On peut mettre la vidéo en regard de A Decolonial Black Feminist Theory of Reading and Shade, sans confondre leurs arguments.

Intervention et lectures

Réponses des lecteurs

Après la projection

Partagez votre regard ou ajoutez une autre piste audiovisuelle à suivre.

Rejoindre la discussion

Réponses

Chargement des commentaires...

Soutenir

Si ce contenu vous a été utile

Soutenir FemRes