Justice du handicap · Commentaire
Deuxième manifeste des droits des femmes handicapées
Le manifeste de l’EDF de 2011 relie capacité juridique, vie dans la communauté, sexualité et pouvoir politique, avec une tension sur le consentement.
Analyse de l'article
La protection peut assurer la sécurité ou justifier le retrait du pouvoir de décider. Le Deuxième manifeste sur les droits des femmes et des filles handicapées dans l’Union européenne, porté par le Forum européen des personnes handicapées, situe cette contradiction au croisement des politiques féministes et du handicap. Proposé par le comité des femmes de l’EDF, il a été adopté à Budapest les 28–29 mai 2011 et soutenu par le Lobby européen des femmes. Cet outil pour les militantes et responsables politiques demande d’intégrer le genre aux politiques du handicap et le handicap aux politiques de genre.
Les sections 5.2–5.4 concrétisent la capacité juridique : décider des relations, de la reproduction, des biens et des affaires financières, avec les soutiens nécessaires. Avoir besoin d’aide ne transfère pas automatiquement l’autorité aux proches, spécialistes ou prestataires. La manière de communiquer l’information, le choix de l’assistance et les possibilités de la contester font partie des conditions d’exercice des droits. Besoin de soutien et absence de volonté ne sont pas synonymes.
Vivre dans la communauté sans perdre le contrôle
La section 7 demande la désinstitutionnalisation, des soutiens communautaires abordables et acceptables, une assistance personnelle et le choix du lieu et des personnes avec qui vivre. L’autonomie ne signifie pas tout faire seule, mais conserver la maîtrise de sa vie en recevant une aide. Les sections 7.7–7.8 demandent donc un contrôle indépendant et la participation des femmes handicapées, par leurs organisations, aux conseils et à l’évaluation des services. L’existence d’une prestation ne prouve pas le respect de ses usagères.
Le chapitre sur les droits sexuels et reproductifs étend le pouvoir d’agir aux domaines fermés au nom de la protection. Les sections 8.2–8.4 contestent l’image de femmes asexuées et reconnaissent plaisir, information et sexualité sans contrainte. Les sections 8.7–8.8 relient les craintes familiales concernant grossesse et care au contrôle de l’intimité et de la reproduction, en rejetant stérilisation et avortement imposés. La sexualité ne se réduit pas à éviter les dangers : choisir une relation, acquérir des connaissances et refuser l’ingérence comptent aussi.
La maternité ne doit pas devenir une épreuve exigeant de prouver l’absence de besoin de soutien. La section 5.11 refuse la séparation des enfants pour motif de handicap ; les sections 8.14–8.18 abordent aide parentale, services et congés. Rapprochées de la vie dans la communauté, elles montrent que la capacité n’est pas une mesure corporelle isolée. Accessibilité, services disponibles et reconnaissance des décisions maternelles façonnent les possibilités. Recevoir de l’aide ne devrait pas devenir un argument contre le droit de décider.
Une tension interne non résolue
Ce document historique contient aussi une contradiction. Tout en refusant les actes contraires à la volonté des femmes, les sections 8.9–8.10 conservent les notions d’incapacité à consentir, d’autorisation judiciaire et de consentement des parents ou représentants. Le respect de la volonté coexiste avec un espace laissé au consentement substitué. L’orientation générale du manifeste ne supprime pas cette tension avec la décision personnelle soutenue au chapitre 5. Qui juge l’incapacité ? Les aides à la communication sont-elles suffisantes ? Qui peut contester ce jugement ? Ces anciennes clauses ne constituent pas des instructions médicales ou juridiques actuelles.
La section 14 retourne la question du pouvoir vers les mouvements : les femmes handicapées doivent agir politiquement dans les organisations de femmes et du handicap, avec un soutien aux structures qu’elles dirigent. Aidantes et mères apportent des expériences importantes sans représenter automatiquement toutes les femmes handicapées. Qui fixe les priorités, gouverne, répartit les ressources et accède à la parole détermine si l’autonomie existe aussi dans le plaidoyer.
Care Work: Dreaming Disability Justice de Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha aborde interdépendance et soutiens communautaires au quotidien, permettant de comparer assistance et maîtrise de sa vie. L’étude de Helen Meekosha sur la décolonisation du handicap conteste la généralisation mondiale des cadres européens. Ces rapprochements maintiennent une exigence : le soutien doit élargir les choix d’une personne plutôt que prendre sa vie en charge au nom de l’aide.
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Care Work : rêver la justice du handicap
Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha
Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha présente la disability justice comme un savoir pratique issu de communautés malades et handicapées queer, trans, noires et racisées, centré sur l'accès collectif, les réseaux de care et une libération qui ne laisse personne de côté.
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Décoloniser le handicap : penser et agir à l’échelle mondiale
Helen Meekosha
Meekosha relie les savoirs dominants sur le handicap à la dépossession coloniale, à la guerre, à la pollution et au travail dangereux.
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