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Féminisme africain · Commentaire

Ressentir et se découvrir : relire La Vie sexuelle des femmes africaines

Chapô

Depuis sa position de femme africaine queer, polyamoureuse et pansexuelle, Sihle Tshangela Mazibu lit l’autodécouverte, le désir, la liberté et la guérison dans La Vie sexuelle des femmes africaines.

FemRes / 17 février 2026
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Analyse de l'article

Selon la présentation qu’en donne Mazibu dans sa recension, The Sex Lives of African Women de Nana Darkoa Sekyiamah réunit des entretiens avec des femmes de 31 pays et s’organise en trois parties — « Découverte de soi », « Liberté » et « Guérison » — pour explorer la sexualité, les relations et le désir dans des conditions de vie variées. L’essai de Mazibu est à la fois une recension du livre et une lecture assumant clairement son point de vue. Elle ne se retranche pas derrière la position d’une critique neutre : elle se présente comme une femme africaine queer, polyamoureuse et pansexuelle et met son expérience en résonance avec les récits du livre. Cette déclaration ne substitue pas une histoire privée à l’analyse. Elle permet de voir que la personne qui lit, et son lieu d’énonciation, influencent les expériences rendues intelligibles et les voix longtemps étouffées.

L’affirmation la plus forte de l’essai est que le désir et le savoir des sens produisent aussi de la connaissance. Les discours publics réduisent souvent la sexualité des femmes africaines à la reproduction, à la maladie, à la violence ou à un supposé retard culturel ; parler de plaisir et d’autonomie est entravé par le patriarcat, le racisme anti-Noir, les discours religieux conservateurs et la stigmatisation sociale, qui agissent ensemble. Mazibu ne découvre pas une « expérience sexuelle africaine » unique, mais des femmes qui explorent leurs désirs sous contraintes, renomment leurs relations ou revendiquent un espace de parole. Elle s’arrête notamment sur Helen, qui découvre le BDSM, le polyamour et une identité queer après des années marquées par la maternité, et sur Keisha, qui comprend peu à peu ses attirances dans le contexte de son éducation catholique. Ces récits ne sont pas offerts à la curiosité voyeuriste : ils replacent l’intimité au croisement de la capacité d’agir et des conditions sociales.

La « liberté » ne signifie pas que rendre son identité publique efface le danger. Mazibu rapproche les récits d’intimité queer du livre de sa propre vigilance face à la violence dans l’espace public sud-africain : protection juridique et constitution progressiste ne rendent pas automatiquement sans danger le fait de se tenir la main, d’être vue ou de dire son désir. Cette analyse évite de faire de la visibilité l’unique mesure de la libération. Pour certaines, le silence est imposé par une menace extérieure ; pour d’autres, choisir quand apparaître, avec qui nouer une intimité et quand ne pas se justifier est aussi une façon de se protéger. La capacité d’agir se manifeste dans l’expression du désir, mais également dans l’évaluation des risques, la définition des limites et le choix de ne pas se dévoiler.

Dans la troisième partie, « Guérison », Mazibu lit un processus lent et irrégulier, non un récit où la souffrance serait simplement surmontée. Elle observe comment violence sexuelle, traumatismes émotionnels, deuil et blessures relationnelles demeurent dans la mémoire corporelle ; rebâtir sa valeur et choisir des relations intimes de confiance peuvent participer à la guérison. Cette lecture refuse de faire des récits de traumatisme la preuve que la souffrance mène nécessairement à la croissance, et ne réduit pas le soin de soi à une responsabilité individuelle. Ni les personnes qui témoignent dans le livre ni la critique ne représentent toutes les femmes africaines. Leur importance tient à ce qu’elles permettent au désir, à la peur, au plaisir, à la foi et aux blessures de coexister, plutôt que de les remplacer par un récit unique de victimisation ou de triomphe. En regard du livre de FemRes La Vie sexuelle des femmes africaines, le contraste est éclairant : l’ouvrage laisse place à de nombreuses voix, tandis que la recension révèle comment une lectrice les rencontre, leur répond et construit sa propre compréhension.

Source. Sihle Tshangela Mazibu, “Feeling and Finding: An Exploration of the Self, Sensuality and Sexuality for African Women in Nana Darkoa Sekyiamah’s The Sex Lives of African Women,” Feminist Africa 6(2). La page de la revue donne accès au texte intégral.

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