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Féminisme numérique · Commentaire

Principes féministes de l’Internet — version 2.0

Chapô

Les principes féministes de l’Internet relient accès, expression, vie privée, consentement et gouvernance pour examiner la répartition du pouvoir par la technologie.

FemRes / 26 août 2016
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Analyse de l'article

La version 2.0 des Principes féministes de l’Internet n’est pas un mode d’emploi neutre du Web, mais une prise de position politique élaborée collectivement par des féministes. Le document considère Internet comme un espace où se distribuent des droits, des relations et des ressources : qui peut se connecter, s’exprimer et participer à la gouvernance, et quels corps ou quelles données deviennent objets de surveillance ou de profit. Publiée par l’Association for Progressive Communications (APC) en 2016, cette version organise ses dix-sept principes autour de l’accès, des mouvements et de la participation publique, de l’économie, de l’expression et de l’agentivité. Elle ne propose pas une réponse unique à chaque situation ; elle demande plutôt aux responsables de la conception et des politiques de préciser qui bénéficie d’une technologie.

L’accès ne désigne pas seulement la possibilité de se connecter. Les principes défendent aussi l’accès aux informations qui concernent les femmes et les communautés queer — santé sexuelle et reproductive, justice et enjeux LGBTQI — tout en tenant compte des langues, des capacités et des conditions de vie. La fracture numérique ne se résume donc pas au nombre d’appareils : une personne peut être en ligne sans pouvoir participer réellement si les informations essentielles lui sont inaccessibles, si la plateforme n’est pas sûre ou si sa parole entraîne des sanctions. Les principes économiques prolongent cette analyse par une critique de la privatisation et du contrôle des entreprises, et désignent les communs, les outils ouverts et la coopération comme des choix politiques.

Les parties consacrées à l’expression et à l’agentivité montrent ensuite que les règles des plateformes gouvernent aussi les corps. Consentement, maîtrise des données personnelles, mémoire, anonymat, sécurité des jeunes et violences en ligne y sont liés : chacun devrait pouvoir décider de ce qu’il partage, savoir qui détient ses informations et garder la possibilité de les contrôler ou de les supprimer. L’anonymat peut également rendre plus sûres l’expression et l’exploration de soi. Il ne s’agit pas de fonctionnalités isolées, mais de questions sur la manière dont les plateformes, les États et d’autres personnes déterminent qui peut rester, parler et être mémorisé.

Il faut garder visibles les tensions du texte. Dans une situation concrète, liberté d’expression, vie privée, responsabilité et sécurité peuvent entrer en conflit ; les principes n’établissent pas une hiérarchie universelle pour toutes les communautés. Ils ne constituent pas non plus un audit empirique de chaque plateforme actuelle. Datée de 2016, la version 2.0 se lit comme un texte de plaidoyer inscrit dans son époque. APC continue à organiser ces principes sur son site ; cette page évolutive ne doit pas être confondue avec une réédition à l’identique du document de 2016. Le texte devient particulièrement utile lorsqu’on en tire des questions pratiques : le consentement peut-il être retiré ? Le refus de participer est-il réellement possible ? Qui peut exiger une explication, une correction ou l’effacement des données collectées ?

On peut le lire avec le Feminist Data Manifest-No : les principes décrivent les droits et les relations qu’un Internet féministe devrait protéger, tandis que le manifeste demande plus directement quand refuser des régimes de données nuisibles. APC met à disposition le texte de la version 2.0 et sa page de publication. Pour les développements ultérieurs, consulter séparément le site actuel des Feminist Principles of the Internet.

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