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Féminisme africain · Commentaire

De Nairobi à aujourd’hui : pouvoir, praxis et avenirs féministes africains

Chapô

De Nairobi en 1985 aux pratiques quotidiennes, à Bring Back Our Girls et aux mobilisations numériques, Titilope F. Ajayi réfléchit aux continuités et débats générationnels des féminismes africains.

FemRes / 12 décembre 2025
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Analyse de l'article

« From Nairobi to Now », de Titilope F. Ajayi, n’est pas une enquête exhaustive sur les mouvements de femmes du continent, mais un essai réflexif situé. Il part de la mémoire politique de la conférence des femmes de Nairobi en 1985 pour rejoindre les pratiques quotidiennes d’organisation, la mobilisation numérique et les échanges entre générations. L’autrice demande où se déploie la pratique féministe, qui la nomme et quel travail la soutient. L’intérêt du texte n’est pas de définir un continent, mais de rappeler que l’histoire des mouvements ne se trouve pas seulement dans les comptes rendus de conférences et les couloirs institutionnels : elle se joue aussi dans le soin, la mémoire, l’action de rue et les relations qui font circuler l’information.

À partir de son expérience au sein de #BringBackOurGirls, Ajayi montre que le mot « militante » ne correspond pas toujours à la façon dont les personnes comprennent leur propre action. Certaines organisent des veillées, conservent des informations sur les disparitions et prennent soin les unes des autres sans se réclamer d’une identité militante formelle. Ce détail élargit la définition du travail politique. Il ne se réduit ni aux discours sur scène ni aux publications en ligne : documenter, accompagner et empêcher que l’information disparaisse contribue aussi à produire une attention publique et une responsabilité collective. Les réseaux numériques relient rapidement des personnes dispersées, mais la visibilité ne garantit ni la sécurité, ni les ressources, ni le partage du pouvoir décisionnel.

Ajayi ne présente pas une « nouvelle génération » comme le remplacement naturel des mouvements plus anciens. Elle examine les espaces professionnalisés et les ONG, les pratiques de terrain, l’action en ligne et les désaccords entre générations sur les stratégies et le langage. Les frictions peuvent révéler où se concentre l’autorité et quels savoirs sont reconnus ; les idéaliser comme un simple « apprentissage mutuel » risque aussi de masquer les inégalités réelles. Il est plus utile de demander qui contrôle les financements, les médias et les priorités ; qui assume les coûts du soin et de la continuité ; quelles histoires locales sont effacées par le langage universel du plaidoyer transnational. L’essai propose une manière d’examiner ces relations, non une réponse transposable sans nuance à tous les pays.

On peut le lire avec deux textes de genres différents : la Charte féministe africaine, qui formule des principes de mouvement, et une note d’ONU Femmes sur les capacités organisationnelles des mouvements. Leurs formes et leurs sources d’autorité diffèrent : une charte énonce des engagements, un rapport institutionnel organise des enjeux de politique publique, tandis que l’essai d’Ajayi relie mémoire, pratique et débats générationnels par la réflexion. Les rapprocher ne doit pas transformer les « féminismes africains » en voix unique. Il s’agit plutôt d’observer comment des textes définissent les problèmes, construisent des savoirs et distribuent la possibilité de parler. La limite de l’essai doit rester claire : il synthétise une discussion et la pratique de l’autrice, sans prétendre représenter le continent dans son ensemble.

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