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Économie féministe · Commentaire

Statistiques de genre : indicateurs sociaux des femmes au Brésil (2024)

Chapô

La troisième édition du rapport de l’IBGE relie care, emploi, éducation et revenus pour montrer les inégalités entre femmes comme entre femmes et hommes.

FemRes / 8 mars 2024
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Analyse de l'article

Que disparaît-il lorsque les « femmes » sont représentées par une seule moyenne nationale ? Publiée en 2024, la troisième édition d’Estatísticas de Gênero: Indicadores sociais das mulheres no Brasil de l’IBGE rassemble travail, éducation, santé, décision publique et droits dans un même cadre statistique. Son intérêt féministe consiste à suivre plusieurs inégalités ensemble, plutôt qu’à prendre l’amélioration d’un indicateur pour preuve d’une égalité acquise.

Le temps qui rend la vie quotidienne possible

Les données de 2022 indiquent que les femmes consacrent en moyenne 21,3 heures par semaine au care et aux tâches domestiques non rémunérées, contre 11,7 pour les hommes. Le dénominateur importe : l’indicateur porte sur les personnes d’au moins 14 ans ayant déclaré ces activités pendant la semaine de référence. Ce n’est ni une moyenne de tous les habitants ni un carnet couvrant toutes les responsabilités. Les définitions figurent dans les notes techniques.

La ventilation des résultats modifie le tableau. Les femmes du cinquième inférieur de revenu du ménage par personne consacrent à ces tâches 7,3 heures de plus que celles du cinquième supérieur. Les femmes classées pretas ou pardas y passent aussi davantage de temps que les femmes blanches. Il s’agit des catégories brésiliennes de couleur ou race de l’IBGE : noire et parda, dont la signification ne se transpose pas simplement aux classifications d’autres pays.

Le revenu permet de déléguer des tâches sans nécessairement modifier leur distribution sexuée. Le rapport relève qu’en 2022 les femmes représentent 91,3 % des personnes employées dans les services domestiques rémunérés. Ensemble, ces chiffres invitent à regarder les conditions d’emploi des femmes dont le travail libère le temps d’un autre ménage. Une diminution du travail gratuit d’une femme peut coexister avec l’emploi peu protégé d’une autre.

L’éducation ne règle pas toute la question

Parmi les personnes d’au moins 25 ans, les femmes ont plus souvent terminé des études supérieures que les hommes en 2022, mais leurs revenus moyens restent inférieurs. Le rapport distingue aussi les résultats éducatifs selon la couleur ou race, montrant d’importantes différences entre femmes. Ces constats compliquent l’explication selon laquelle davantage de qualifications suffiraient à faire disparaître les inégalités de genre.

La comparaison des revenus est descriptive : elle ne maintient pas constants les métiers, les horaires et d’autres caractéristiques. Elle ne mesure donc pas un salaire inégal pour un travail identique. Elle permet de poser des questions sur l’accès aux professions, les contraintes du care et les rendements inégaux de l’éducation, qui exigent d’autres recherches.

Lire les catégories autant que les chiffres

L’édition de 2024 rassemble des indicateurs d’années de référence différentes ; les chiffres discutés ici concernent 2022. Le rapport précise également que l’orientation sexuelle et les identités de genre au-delà de ses catégories femmes/hommes sont hors de son champ. Un vaste cadre officiel demeure ainsi un compte rendu incomplet des vies traversées par le genre. Ses définitions doivent être examinées et ses résultats complétés, plutôt que ses catégories considérées comme naturelles et exhaustives.

Un parcours de lecture peut associer Hirata, sur l’articulation des rapports de travail, de genre, de classe et de race, l’étude française des emplois du temps, sur le sens d’un écart réduit, et AWID sur les travailleuses domestiques, sur les liens entre politique du care et droits du travail. Les mesures françaises et brésiliennes diffèrent : elles alimentent une chaîne de questions, sans permettre une comparaison numérique directe.

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