FemResLa revue vivante
Études féministes de sécurité

Études féministes de la sécurité · Livres

Études féministes de sécurité

Titre originalFeminist Security Studies

AuteurAnnick T. R. Wibben

Annick T. R. Wibben analyse comment les récits de sécurité définissent les menaces, légitiment les réponses et excluent des expériences situées.

Partager cette ressource
X ↗Facebook ↗

01

Critique et guide de lecture

Feminist Security Studies: A Narrative Approach ne demande pas seulement ce qu’une société désigne comme menace, mais comment un récit particulier du danger s’impose comme une évidence — et qui sa sécurité est censée protéger. Annick T. R. Wibben ne propose pas simplement d’ajouter les femmes à une discipline inchangée. Les récits de sécurité organisent les menaces, les personnes ou institutions à protéger, les acteurs chargés de le faire et les moyens présentés comme nécessaires. Changer les sujets tout en conservant cette architecture peut laisser intacte sa politique.

L’ouvrage transforme la théorie narrative en méthode d’analyse du pouvoir. Un récit n’est pas seulement ce que quelqu’un raconte : sa séquence, sa causalité, son point de vue, ses personnages et sa fin rendent certaines actions raisonnables et d’autres difficiles à imaginer. Wibben s’intéresse notamment à la focalisation — la perspective à travers laquelle les événements sont présentés —, à la personne qui cadre une situation et à l’histoire laissée hors champ. Il ne suffit donc pas de citer des voix marginalisées ; il faut se demander si leurs expériences peuvent modifier l’échelle, la chronologie et la définition de la sécurité.

Les premiers chapitres mettent cette méthode à l’épreuve du récit dominant des États-Unis sur le 11 septembre 2001. Wibben le met en regard des récits de Moira et Delia, des mères afro-américaines dont les histoires ont été recueillies par Cheryl Mattingly et ses collègues. Leur vie ne s’organise pas autour du même événement national. Dans les pages accessibles de l’aperçu éditeur, les gestes ordinaires du soin — coiffer les enfants, les déposer à la garderie, garder la famille auprès de soi — côtoient maladie grave, deuil, AVC du conjoint, violence de voisinage et inquiétude pour une proche handicapée. Cela ne prouve pas que le 11-Septembre était sans importance et ne prétend pas représenter toutes les femmes noires. L’exemple montre comment une chronologie nationale peut rendre invisibles des insécurités quotidiennes, continues et inégalement distribuées ; il montre aussi comment des personnes familières de la violence étatique et interpersonnelle peuvent envisager autrement la riposte militaire tenue pour acquise.

La contribution féministe devient alors concrète : l’expérience quotidienne n’est pas une illustration émotionnelle ajoutée à la stratégie, elle peut révéler ce que son cadre exclut. Un récit qui commence avant l’événement médiatique, ou se termine par le soin plutôt que la vengeance, change qui apparaît vulnérable, qui peut agir et quelles réponses deviennent pensables. Wibben souligne aussi un enjeu éthique : aucun récit individuel ne représente automatiquement une communauté, et inviter quelqu’un à parler ne supprime pas le pouvoir du chercheur, de l’éditeur, de l’institution ou du public sur la manière dont cette parole sera entendue.

La forme du livre reflète ce projet. Wibben le compare à un patchwork : les chapitres sur l’identité et le savoir féministes, la remise en cause des significations de la sécurité, la théorie narrative, les récits de sécurité et leurs alternatives cousent un motif commun. L’aperçu éditeur dessine un parcours qui va de la question « qui est reconnu comme sujet connaissant ? » à l’analyse du discours présidentiel du 11-Septembre, puis à la structure plus générale des discours de sécurité. Le lire dans cet ordre montre qu’« ouvrir » les études de sécurité ne revient pas seulement à allonger la liste des menaces : cela oblige aussi à examiner leurs présupposés sur le savoir, l’autorité et le sujet politique.

Cette méthode a toutefois des limites. L’analyse narrative peut révéler des cadrages, des silences et le travail politique d’un début ou d’une fin ; elle ne mesure pas à elle seule la distribution des ressources, n’établit pas toutes les causes institutionnelles et ne remplace ni les archives ni les preuves matérielles. Il ne faut pas non plus idéaliser un contre-récit au seul motif qu’il vient d’une position marginalisée. Les exemples du livre sont ancrés dans les débats états-uniens après le 11-Septembre et dans son contexte de publication de 2011. On peut appliquer ses questions à la surveillance algorithmique, à la sécurisation du climat ou aux plateformes actuelles, mais ce sont des prolongements de FemRes, pas des sujets que l’ouvrage prétend traiter.

Pour commencer, lisez la confrontation des récits du 11-Septembre dans l’introduction, puis les chapitres consacrés à la sécurité comme récit et aux récits féministes de sécurité. On peut aussi prendre une déclaration politique contemporaine et repérer la menace, le sujet à protéger, l’agent autorisé, la réponse proposée, le point de vue et l’histoire absente. En regard de Mothers, Monsters, Whores de Laura Sjoberg et Caron E. Gentry, le livre invite à comparer la façon dont des cadres genrés rendent les violences politiques commises par des femmes intelligibles ou incompréhensibles. Ce rapprochement est une proposition de lecture de FemRes, non une affirmation d’influence directe.

Sources : notice Routledge, aperçu autorisé et table des matières Google Books.

Réponses des lecteurs

Notes de lecture

Partagez votre lecture ou ajoutez une piste à poursuivre.

Rejoindre la discussion

Réponses

Chargement des commentaires...

Soutenir

Si ce contenu vous a été utile

Soutenir FemRes