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Femmes et guerres

Études féministes de la sécurité · Livres

Femmes et guerres

Titre originalWomen and Wars

AuteurCarol Cohn

Dirigé par Carol Cohn, ce recueil d’études féministes de sécurité analyse le genre dans l’économie de guerre, les violences, les déplacements et l’après-guerre.

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Critique et guide de lecture

Dirigé par Carol Cohn, Women and Wars: Contested Histories, Uncertain Futures est un ouvrage collectif de recherches féministes sur la sécurité. Sa question ne consiste pas seulement à demander ce que font les femmes en temps de guerre, mais à comprendre comment la guerre s’appuie sur un ordre de genre pour organiser la violence, le travail, l’État et la mémoire. Les chapitres passent du cadre conceptuel et de l’économie politique de la guerre aux violences sexuelles et à la santé, aux déplacements forcés, aux mobilisations, aux femmes dans les armées étatiques et les groupes armés non étatiques, puis aux négociations de paix, au désarmement, à la démobilisation et à la reconstruction. La guerre apparaît ainsi comme un processus institutionnel qui déborde le champ de bataille et se prolonge dans les foyers et la société.

La discipline analytique la plus utile du volume est de ne pas confondre « genre » et « femmes ». Le genre désigne une position identitaire, une relation qui organise le pouvoir et un langage culturel qui donne sens au militarisme, à la protection, au sacrifice et à la dépendance. Ajouter les femmes à l’histoire militaire peut encore laisser le combattant armé au centre, tandis que les soins, l’agriculture, le travail en usine, l’exil et la reconstruction restent en arrière-plan. Les chapitres demandent alors quel travail rend la guerre possible sans être comptabilisé, quand les femmes sont présentées comme des personnes à protéger ou comme des civiles, travailleuses et combattantes sacrifiables, et qui peut nommer la violence comme politique plutôt que comme tragédie privée.

Cette approche refuse aussi d’enfermer les femmes dans les rôles de victimes ou de pacificatrices naturelles. Les violences sexuelles doivent être replacées dans des conditions militaires, économiques et sociales précises, plutôt que servir de récit universel sur la nature masculine ou l’impuissance féminine. La participation des femmes aux armées, au nationalisme ou aux mouvements armés n’est pas automatiquement émancipatrice. La race, la classe, l’histoire coloniale, la nationalité, la sexualité et l’âge transforment à la fois la vulnérabilité et la capacité d’agir. Réintroduire ces différences évite de prendre la visibilité de quelques femmes dans les institutions pour une preuve d’égalité.

L’ordre des chapitres peut lui-même servir de méthode : suivre un même rapport de genre dans l’économie de guerre, les atteintes aux corps, la fuite et le déplacement, les organisations militaires, les négociations de paix et la démobilisation permet de vérifier si une relation de pouvoir disparaît vraiment lorsque le conflit est déclaré terminé. La présence de femmes à une table de paix ne dit pas qui prendra en charge le soin après la guerre, qui pourra retourner sur ses terres ni qui aura accès à un revenu et à la sécurité. Inversement, la reconstruction ne doit pas être réduite à un travail que les femmes accompliraient naturellement. Le livre invite à garder ensemble les décisions institutionnelles et la vie quotidienne, en reconnaissant l’action des femmes sans la romantiser. En groupe, on peut suivre dans un chapitre la distribution du travail, des risques et du pouvoir de décision, puis comparer avec un autre.

L’ampleur du recueil fournit un cadre de questionnement, mais aucune anthologie ne donne la même profondeur historique à chaque conflit, et un livre paru en 2012 ne couvre pas tous les développements ultérieurs des drones, de la surveillance numérique ou des déplacements liés au climat. Il vaut mieux le lire comme un ensemble d’outils analytiques que comme un inventaire complet des expériences des femmes en temps de guerre. Sa leçon la plus forte est que la paix ne se réduit pas à la fin des combats : elle oblige à demander quelles institutions militarisées, divisions du soin et exclusions politiques survivent dans l’après-guerre. La présentation et le sommaire de l’éditeur montrent ce passage des conditions de guerre aux institutions d’après-guerre.

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