
Féminisme arabe · Écran
Le Bleu du caftan
Le drame intime de Maryam Touzani transforme un atelier de couture marocain en une étude sur le mariage, le désir queer, la maladie, l’artisanat et les formes d’amour qui dépassent la possession.
- Réalisateur
- Maryam Touzani
- Année
- 2022
- Région
- France / Maroc / Belgique
- Durée
- 118 min
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Dans la médina de Salé, Mina et Halim tiennent une boutique de caftans dont le travail cousu main ne parvient pas à suivre la demande. Halim a longtemps caché son désir pour les hommes ; Mina en sait plus qu’ils ne le disent ouvertement. Lorsqu’ils embauchent le jeune apprenti Youssef et que Mina tombe gravement malade, l’arrangement tacite du mariage se transforme en discours, jalousie, sollicitude et générosité inattendue.
Le caftan bleu n’est pas un fond décoratif. Sa construction lente enregistre un travail que la production industrielle rend non rentable, et l’attention portée par la caméra au tissu, au fil et aux mains donne au soin une forme matérielle. Le travail d’atelier de Mina et la broderie de Halim sont tous deux des pratiques qualifiées, compliquant un ordre de genre qui diviserait le commerce, l’artisanat, la beauté et le dévouement domestique en rôles fixes.
Le film évite de traiter la femme comme un obstacle à la liberté queer ou le secret du mari comme une simple trahison. Mina possède son propre désir, sa colère, son humour et son libre arbitre. À mesure que la maladie modifie les termes de leur relation, l’amour devient moins une revendication de propriété qu’une volonté de voir pleinement une autre personne. Cette tendresse n’efface pas les conditions sociales qui rendaient la dissimulation nécessaire.
La retenue de Touzani peut sembler atténuer le danger auquel sont confrontées les personnes homosexuelles au Maroc, et le film se concentre sur un triangle soigneusement délimité plutôt que sur une communauté politique plus large. Pourtant, sa tranquillité est politique. Il imagine l’intimité au-delà de la performance hétérosexuelle obligatoire sans sacrifier la femme, et laisse le savoir de la femme transformer les possibilités éthiques du foyer. La liberté n’arrive pas seulement comme un départ, mais comme une réorganisation des soins.
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