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Le Bleu du caftan

Féminisme arabe · Écran

Le Bleu du caftan

Touzani relie artisanat, silences et soin au désir queer dans le mariage, sans réduire Mina à une épouse tolérante ni effacer les choix de chacun.

Réalisateur
Maryam Touzani
Année
2022
Région
France / Maroc / Belgique
Durée
124 min
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Dans la médina de Salé, au Maroc, Mina et Halim tiennent une boutique de caftans traditionnels. L’arrivée de l’apprenti Youssef et la maladie de Mina changent un mariage soutenu par des accords tacites. Le désir d’Halim pour les hommes n’est pas seulement un secret à révéler : le film s’intéresse aussi à ce que sa femme sait déjà et à leur manière de vivre avec les non-dits. Les sentiments de Mina participent à cette évolution ; elle n’est pas un obstacle placé sur le chemin de la liberté de son mari.

La confection du caftan rend le temps matériel. Dans l’entretien du distributeur, Touzani oppose la rapidité et le coût moindre de la machine à un savoir-faire qui peine à se transmettre. Le tissu, le fil et les mains rendent la patience visible comme travail. FemRes n’y voit pas une approbation générale de la tradition : préserver un métier et préserver des règles sur les personnes qu’on peut aimer sont des décisions distinctes.

Touzani explique que la proximité entre Youssef et Halim commence par la transmission du métier. L’atelier devient un lieu où reconnaître l’attirance avant qu’une déclaration identitaire explique tout. FemRes pose aussi la question du pouvoir dans l’apprentissage : expérience, emploi et admiration peuvent se mêler, et la douceur ne garantit pas à elle seule l’égalité. Cela ne condamne pas les personnages ; cela garde les conditions de la relation dans l’analyse de la romance.

Le travail de Mina, sa jalousie, son humour et son désir de protéger dépassent le dévouement domestique. Elle n’est pas un instrument dont la tolérance achèverait la libération d’autrui. La réalisatrice décrit une protection qui peut aussi accroître la dépendance d’Halim. Le soin comprend donc soutien et contrainte. FemRes demande si chacun peut reconnaître les besoins de l’autre, sans définir la bonne épouse comme celle qui comprend toujours et ne demande jamais rien.

Regards, silences et gestes quotidiens donnent sa retenue au film. Touzani souhaite que le public découvre progressivement l’intimité du couple plutôt que d’en recevoir aussitôt l’explication. Un secret ne suffit pas à déclarer leur histoire fausse. La maladie transforme le soin sans devenir une punition du désir : la réalisatrice refuse explicitement de relier le cancer de Mina à sa solitude sexuelle. Ces choix narratifs ne sont pas des conseils médicaux.

Cette tendresse conserve ses limites. Un foyer ne représente pas toutes les vies queer ni toutes les épouses au Maroc. Une réconciliation intime ne supprime pas les pressions qui rendent le secret nécessaire. Mina peut-elle refuser un arrangement ? Halim avoir une valeur sans l’approbation de sa femme ? Youssef décider pour lui-même ? Un amour qui dépasse la possession doit donner une place à chaque personne.

Portrait de la jeune fille en feu permet de comparer regard, travail et proximité ; Sex and Desire in Hong Kong relie l’intimité conjugale au soin et aux conditions relationnelles. Ce sont des rapprochements de FemRes, non des influences revendiquées par la cinéaste. Observer comment les personnes travaillent et vivent ensemble évite de réduire le film à l’histoire d’une épouse tolérante.

Sources. Notice de Cannes, entretien de2022, dossier de presse du distributeur et entretien français. Le dossier indique124minutes. Les questions sur les relations sont celles de FemRes.

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