Théorie crip · Recherche
As Good As It Gets : théorie queer et études critiques du handicap
As Good As It Gets: Queer Theory and Critical Disability
À partir de Pour le pire et pour le meilleur, McRuer montre comment les personnages queer et handicapés servent la transformation du héros hétérosexuel, au sein de normes capacitistes et hétérosexuelles imbriquées.
Résumé
McRuer met en dialogue théorie queer et études critiques du handicap. À travers Pour le pire et pour le meilleur, il analyse la manière dont les normes hétérosexuelles et capacitistes se soutiennent et intègrent les corps marqués comme différents aux récits dominants.
Notes de recherche
Dans cet article, Robert McRuer ne juxtapose pas le capacitisme et l’hétérosexisme comme deux préjugés distincts. Il demande comment ils définissent ensemble la personne réputée entière, désirable et capable d’avoir un avenir. Partant de la critique queer de l’hétérosexualité comme norme non marquée, il avance que la validité corporelle est encore plus facilement dissimulée sous l’apparence de la nature. La contrainte à la validité ne se contente pas d’exclure certains corps : elle exige de chacun qu’il prouve son adaptabilité, sa productivité, son autonomie et sa capacité à se remettre d’une crise. McRuer rend cette analyse concrète en lisant de près le film américain de 1997 Pour le pire et pour le meilleur (As Good As It Gets).
La notion centrale de l’article est celle de « flexibilité ». Elle semble évoquer l’ouverture et l’inclusion, mais McRuer en souligne l’ambivalence. Le protagoniste peut s’adapter après une crise et réintégrer l’ordre social ; les personnages marginalisés, eux, doivent se montrer assez flexibles pour soutenir cette transformation, puis quitter le centre du récit. Dans la résolution amoureuse hétérosexuelle du film, l’identité queer de Simon et son handicap après une agression, ainsi que les besoins durables de soins de Spence, le fils de Carol, deviennent les conditions narratives qui rapprochent Melvin et Carol et leur permettent de changer. La différence devient visible, sans pour autant donner aux personnages le même droit à l’avenir promis au couple principal.
Le soin rend cette asymétrie matérielle, et pas seulement symbolique. Carol organise sa vie autour de la respiration et des soins médicaux de Spence ; ces responsabilités interrompent son travail. Melvin paie une aide médicale et entre dans la vie de Carol en s’occupant du chien de Simon, en lui rendant visite et en l’accompagnant à Baltimore. La lecture de McRuer relie ainsi l’intimité à la répartition du temps, de l’attention et du travail pratique qui rendent la vie des autres possible. La générosité de Melvin n’a pas besoin d’être tenue pour feinte ; le film la convertit plus facilement en preuve de sa progression et de son charme, tandis que le travail de soin durable de Carol peut rester à l’arrière-plan. La question féministe porte donc aussi sur la personne dont le soin permet à une autre de devenir protagoniste, et sur ce qu’il advient des désirs et des récits des personnes qui donnent ou reçoivent des soins une fois cette transformation achevée.
McRuer observe également comment le film trace la frontière entre normal et anormal. Dès l’ouverture, les rituels répétés de Melvin — verrouiller la porte, se laver les mains, éviter les fissures du trottoir — le désignent comme isolé de la vie sociale ordinaire ; un diagnostic psychiatrique vient ensuite expliquer son comportement. Selon McRuer, le film associe à plusieurs reprises ses symptômes obsessionnels-compulsifs à ses préjugés, invitant le public à lire handicap et faute morale comme naturellement liés. Cette critique ne nie pas les torts causés par le racisme, le sexisme et l’homophobie de Melvin ; elle ne constitue pas non plus une analyse clinique du TOC. Elle porte sur la manière dont le récit naturalise le rapprochement de réalités distinctes. À la fin, Melvin oublie de verrouiller la porte et entre dans une boulangerie avec Carol : sa « flexibilité » corporelle et le dénouement hétérosexuel surviennent presque ensemble, comme si le retour à la norme prouvait qu’il est devenu meilleur.
Cette lecture a un périmètre historique précis. Elle porte sur une comédie romantique grand public des États-Unis de la fin des années 1990, non sur la réception du public ni sur l’ensemble des expériences queer et handicapées. McRuer relève que Frank Sachs est un personnage queer noir, mais son analyse soutenue se concentre davantage sur la validité corporelle et l’hétérosexualité ; on peut se demander si la répartition racialisée des rôles dans le film est assez développée. L’article ne confond pas non plus toutes les situations de handicap : celui de Simon fait suite à une agression, Spence a des besoins de santé durables, tandis que les symptômes obsessionnels-compulsifs de Melvin rencontrent autrement le diagnostic et la stigmatisation. Les fondre dans une catégorie abstraite de « différence » effacerait leurs conditions matérielles propres.
Pour les lecteurs d’aujourd’hui, l’avertissement le plus fécond est peut-être que l’inclusion ne redistribue pas nécessairement le pouvoir. Un récit peut montrer des personnages queer et handicapés, voire célébrer la diversité, tout en leur confiant la tâche d’éduquer le protagoniste, de prendre soin de lui ou de prouver qu’il a changé. En conclusion, McRuer présente les convergences entre théorie queer et études du handicap comme une pratique politique de résistance aux normes et de revendication d’une position de sujet. FemRes propose de lire cet article avec Feminist, Queer, Crip d’Alison Kafer, qui développe les liens entre politique féministe du handicap, soin et futurité, puis avec Feminist Disability Studies de Rosemarie Garland-Thomson, qui offre une vue d’ensemble du champ. Il s’agit de rapprochements éditoriaux, non d’une affirmation d’influence directe entre ces œuvres.
Réponses des lecteurs
Discussion scientifique
Répondez à cette recherche ou ajoutez un article à lire collectivement.
Rejoindre la discussion
Chargement des commentaires...
Soutenir
Si ce contenu vous a été utile