Critique du patriarcat · Recherche
Négocier avec le patriarcat
Bargaining with Patriarchy
Kandiyoti analyse les stratégies des femmes dans des rapports familiaux inégaux, entre résistance, accommodement et promesses de sécurité.
Notes de recherche
Pourquoi des femmes défendent-elles parfois des arrangements qui les subordonnent, ou résistent-elles à un projet présenté comme un progrès ? Dans cet article de 1988, Deniz Kandiyoti aborde le patriarcat par les stratégies disponibles dans des configurations sociales précises. Le compromis patriarcal désigne les attentes, contraintes et échanges par lesquels on compose avec la domination masculine. Il n’est ni un contrat entre égaux ni la preuve d’un consentement libre à sa situation.
L’article construit des idéaux-types comparatifs à partir de travaux historiques et ethnographiques. Sa réédition autorisée en anthologie, au chapitre 3, conserve l’argument avec une pagination différente de l’original. Ce sont des esquisses de configurations variables, pas une nouvelle enquête multinationale ni un partage du monde en cultures homogènes.
Un exemple concerne l’irrigation en Gambie. Terres et crédits étaient attribués aux hommes en présumant que les épouses fourniraient un travail gratuit. Leur propre riziculture et les règles coutumières d’allocation du travail leur donnaient pourtant des alternatives : pour obtenir leur travail, les hommes devaient proposer salaire ou accès à une parcelle irriguée. Pendant les pluies, les femmes pouvaient privilégier leurs champs. La résistance se comprend par la maîtrise du travail et de la production, plutôt que par une disposition abstraite à obéir.
Une autorité promise pour plus tard
Kandiyoti contraste ces arrangements avec le patriarcat dit classique, organisé autour de la filiation patrilinéaire et de la résidence dans la famille du mari. Une jeune épouse peut être subordonnée aux hommes comme aux femmes aînées. La perspective d’exercer ensuite une autorité sur les belles-filles et d’être soutenue par ses fils contribue à reproduire le système. Une position change au cours de la vie ; la subordination dans une relation n’empêche pas le pouvoir dans une autre.
Ce mécanisme éclaire l’investissement dans les fils et le contrôle des jeunes femmes sans les réduire à un caractère féminin éternel. Une sécurité future peut dépendre du maintien des règles qui limitent la vie présente. Expliquer cette dépendance n’excuse pas la contrainte et ne signifie pas que toutes les belles-mères adoptent la même stratégie. Classe, caste, parenté et histoire locale transforment les conditions du compromis.
Le changement économique peut retirer la protection promise avant de lever les restrictions. Quand les hommes ne peuvent ou ne veulent plus assurer l’entretien, les responsabilités des femmes peuvent augmenter sans autonomie ni ressources correspondantes. Exiger l’accomplissement d’obligations anciennes peut répondre à l’insécurité, même sans ressembler au langage de libération attendu de l’extérieur. La désagrégation d’un compromis ne produit pas automatiquement une solution émancipatrice.
La tension du cadre se situe entre expliquer une stratégie contrainte et en approuver les termes. Le mot négociation risque d’exagérer la marge réelle quand violence, exclusion ou dénuement rendent le refus dangereux. Kandiyoti reconnaît l’asymétrie et présente les contrastes régionaux comme provisoires. Les lire comme des caractères africains ou asiatiques permanents rétablirait l’abstraction contestée. La question historique est plutôt : quels appuis rendent une stratégie possible, et que devient-elle lorsqu’ils disparaissent ?
Agarwal sur la terre et les ressources environnementales suit les conditions matérielles d’alternatives viables. « Sous les yeux de l’Occident » de Mohanty met en garde contre une image unique des femmes comme victimes. Ces lectures permettent de reconnaître l’action sans confondre des arrangements inégaux de survie avec la liberté.
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