Justice du handicap · Recherche
Handicap : davantage de violences physiques, sexuelles et verbales
Les personnes handicapées sont plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles et verbales
Une étude française relie handicap, genre et violences, tout en montrant comment les personnes en institution ou incapables de répondre échappent à l’enquête.
Notes de recherche
Lorsque la recherche sur les violences parle des « femmes » ou des « personnes handicapées », quelles expériences disparaissent dans une moyenne, et qui ne peut même pas entrer dans l’enquête ? L’étude d’Éva Baradji et Olivier Filatriau, Les personnes handicapées sont plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles et verbales, a été publiée conjointement par la DREES et le SSMSI en 2020. Elle rapproche enquête de victimation et données policières, rendant indissociables handicap et genre tout en faisant de l’accessibilité de la recherche une question de sécurité.
Lire la population et la période observées
L’étude réunit huit enquêtes Cadre de vie et sécurité, de 2011 à 2018 : 86 600 personnes de 18 à 64 ans vivant en ménage ordinaire en France métropolitaine. Les questions portent sur les deux années précédant chaque entretien, y compris les faits non signalés à la police. Les pourcentages ne mesurent donc ni une prévalence au cours de la vie ni une incidence annuelle pour 2018.
Le handicap est repéré par une question du volet ménage sur le handicap, les gênes ou les difficultés quotidiennes, et non uniquement par une reconnaissance administrative. Cette définition façonne les groupes comparés. L’étude originale ajuste également l’âge, l’emploi, la composition du ménage et les caractéristiques résidentielles par régression logistique. Elle précise que ces relations restent descriptives et ne doivent pas être interprétées comme causales.
Le genre et le handicap modifient les conditions de sécurité
Parmi les femmes interrogées, 9,0 % de celles identifiées comme handicapées déclarent des violences physiques et/ou sexuelles, contre 5,8 % des femmes sans handicap déclaré. Cette comparaison concerne le champ indiqué et la période rétrospective de deux ans. L’écart subsiste après ajustement de plusieurs caractéristiques. Il conteste une lecture homogène de l’exposition des femmes, sans prouver qu’un état corporel « cause » les violences.
L’étude distingue l’appartenance de l’auteur au ménage du lieu de l’agression. Une personne extérieure au ménage peut agresser la victime dans son logement ou dans des espaces résidentiels communs. Une violence « hors ménage » n’est donc pas nécessairement une attaque d’un inconnu dans la rue. Un environnement familier ne garantit pas la sécurité ; dépendance et contacts quotidiens méritent aussi d’être interrogés.
La question féministe qui en découle est celle d’un soutien accessible dont les prestataires peuvent être tenus responsables, plutôt que d’une définition des personnes handicapées comme naturellement fragiles et ayant besoin que d’autres décident pour elles. Recevoir une aide peut coexister avec le droit de parler, de refuser et de demander secours. C’est une interrogation institutionnelle suscitée par les résultats, non une intervention protectrice dont l’étude aurait mesuré l’efficacité.
Ne pas pouvoir répondre ne rend pas une expérience négligeable
L’enquête en ménage ordinaire exclut les résidents d’institutions spécialisées. Les questionnaires individuels interdisent les réponses par procuration et proposent peu d’aménagements, empêchant certaines personnes ayant des difficultés sensorielles, cognitives ou psychiques de participer. Ce sont des limites explicites de l’étude. Une expérience non recueillie ne peut être traitée comme un dommage qui n’a pas eu lieu.
Les données policières de 2018 complètent l’enquête avec des affaires concernant les personnes en institution et des âges plus variés. Mais elles couvrent les faits parvenus à la police, avec un repérage incomplet du handicap et des informations contextuelles manquantes. La part d’une infraction parmi les affaires enregistrées n’est pas sa prévalence dans une population. Les deux matériaux se complètent sans former un ensemble dépourvu d’angles morts.
Une tension précise demeure : comment concilier confidentialité, parole indépendante et accessibilité ? L’assistance peut modifier les conditions de révélation, mais son absence totale peut aussi réduire des personnes au silence. Une politique de sécurité doit affronter ces conditions plutôt qu’exiger une seule manière de raconter son expérience.
Du risque au soutien et à l’autonomie
Care Work: Dreaming Disability Justice propose une voie par le soutien organisé en communauté, pour penser une aide qui ne devient pas contrôle. Feminist, Queer, Crip interroge les critères du corps normal, de l’indépendance et de la valeur. Ces écrits théoriques et militants ne sont pas les conclusions de l’étude française, mais relient les preuves de violence aux conditions de soutien, à la responsabilité institutionnelle et au pouvoir de décision des personnes handicapées.
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