Justice climatique · Recherche
Un silence toujours étranger : pourquoi une recherche sociale féministe sur le climat est nécessaire
A Stranger Silence Still: The Need for Feminist Social Research on Climate Change
Sherilyn MacGregor montre pourquoi l'étude du climat doit analyser les rapports de genre dans ses récits, la vie quotidienne et les réponses institutionnelles.
Résumé
MacGregor soutient qu'une recherche climatique sans analyse de genre risque de mal diagnostiquer le problème et de produire des réponses injustes et non durables. Elle structure un programme de recherche féministe autour de trois niveaux liés : la construction du changement climatique, son expérience dans la vie quotidienne et les réponses des institutions et des individus.
Notes de recherche
Dans « Un silence toujours étranger », Sherilyn MacGregor demande ce qui disparaît lorsque la crise climatique est présentée comme une menace commune à « l’humanité ». Il ne s’agit pas d’ajouter un thème sur les femmes à côté des sciences du climat. La thèse est plus exigeante : tenir l’humanité, le savoir scientifique et l’action publique pour neutres du point de vue du genre risque de produire un diagnostic incomplet et de reconduire l’injustice dans les solutions. La recherche sociale féministe doit donc faire partie de l’étude du changement climatique, et non intervenir après coup.
MacGregor organise ce programme autour de trois niveaux liés. Le premier porte sur la construction du changement climatique : comment les récits scientifiques, médiatiques et politiques définissent-ils le problème, les responsabilités et les solutions possibles ? Qui peut interpréter les risques, et quelles expériences sont reconnues comme des savoirs ? Cette interrogation ne nie pas la réalité matérielle du changement climatique. Elle rappelle que les problèmes publics sont aussi nommés, classés et gouvernés, et que ces processus déterminent ce qui devient visible et susceptible d’action.
Le deuxième niveau concerne l’expérience du changement climatique dans la vie quotidienne. Un risque mondial s’inscrit dans des conditions concrètes de travail, d’accès aux ressources et de reproduction sociale. La recherche doit donc demander comment des personnes situées différemment vivent les changements, comprennent les risques et disposent — ou non — de marges de réponse. Il ne faut pas présumer que toutes les femmes partagent la même expérience. Le genre est un point de départ pour analyser des relations sociales, pas un synonyme de « femmes » ni une explication automatique. Ses articulations avec la classe, la race, les histoires coloniales, la caste, le lieu et les moyens d’existence doivent être étudiées dans leurs contextes. Sinon, l’analyse risque de présenter à nouveau les femmes comme un groupe homogène, naturellement vulnérable ou écologiquement vertueux.
Le troisième niveau examine les réponses des institutions et des individus. L’adaptation et l’atténuation ne sont pas de simples choix techniques intervenant une fois le problème défini : elles répartissent aussi les coûts, les obligations, l’autorité et la capacité d’agir. Être « inclus » dans une politique ne signifie pas pouvoir la façonner. Compter les participantes ne dit pas si leurs savoirs modifient les décisions ; appeler à changer les modes de vie individuels peut laisser de côté les infrastructures, le contrôle des ressources et les responsabilités publiques. Qui fixe les objectifs, qui supporte les coûts de la transition, qui prend part aux décisions et quelles expériences le langage des politiques exclut-il ? Le cadre de MacGregor ramène ainsi le climat au politique.
La force de ces trois niveaux tient à leur mise en relation. Étudier les récits climatiques sans leurs conséquences matérielles peut faire oublier la répartition des effets et des responsabilités ; mesurer des impacts sans examiner les institutions laisse intacte la question de savoir comment se construit la figure d’un sujet « normal » du risque. Mais l’article précise que les recherches sociales disponibles à l’époque étaient peu nombreuses et présente son argument comme un appel à poursuivre les travaux féministes. C’est un essai théorique qui ouvre un programme de recherche, non une nouvelle enquête de terrain prouvant que toutes les régions, classes ou identités de genre vivent le changement climatique de la même façon.
Relu aujourd’hui, il invite à poser d’autres questions que « les femmes sont-elles davantage touchées ? » : qui est considéré comme sujet universel ? Quels travaux et savoirs rendent l’adaptation possible ? La responsabilisation individuelle masque-t-elle les institutions publiques et les inégalités d’accès aux ressources ? Ce sont des questions que FemRes tire du cadre de l’article, et non des réponses empiriques qu’il fournirait à lui seul. La lecture comparative est donc essentielle.
Pour continuer, lire Arora-Jonsson sur les récits de genre, de climat, de vulnérabilité et de vertu, puis l’étude de Gonda sur les projets d’adaptation au Nicaragua, qui met ces enjeux en jeu dans une politique concrète. L’essai d’Agarwal sur le genre, les ressources environnementales et la participation en Inde apporte une comparaison attentive aux conditions matérielles. Il s’agit de rapprochements éditoriaux entre des échelles différentes, pas d’une affirmation d’influence directe.
Réponses des lecteurs
Discussion scientifique
Répondez à cette recherche ou ajoutez un article à lire collectivement.
Rejoindre la discussion
Chargement des commentaires...
Soutenir
Si ce contenu vous a été utile