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Le fardeau des femmes : contre-géographies de la mondialisation et féminisation de la survie

Women's Burden: Counter-geographies of Globalization and the Feminization of Survival

Saskia Sassen relie le travail transfrontalier et les transferts des migrantes à la dette, aux restructurations et aux circuits négligés de la mondialisation, tout en soulignant que les preuves sont partielles.

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Notes de recherche

Dans son article de 2000, Saskia Sassen demande comment la mondialisation repose aussi sur des activités que les récits dominants relèguent en marge. Ses « contre-géographies » désignent des circuits transfrontaliers — formels, informels ou illicites — qui croisent les marchés mondiaux et leurs infrastructures de communication sans être reconnus comme faisant partie de leur récit central. La « féminisation de la survie » ne signifie pas simplement que davantage de femmes migrent : elle désigne la dépendance croissante des ménages et des communautés, et parfois des États et des entreprises, à l’égard du travail, des revenus et des transferts des femmes.

L’article élabore une hypothèse structurelle autour de la dette et des restructurations économiques. Sassen relie le service de la dette, les programmes d’ajustement associés au FMI, la réduction des subventions publiques, le chômage, la fermeture d’entreprises tournées vers les marchés locaux et le passage à la production destinée à l’exportation à la pression de trouver d’autres sources de revenus, de profits et de devises. Elle ne soutient pas qu’une politique provoque mécaniquement la migration de chaque femme. Elle suggère plutôt que ces transformations imbriquées peuvent fragiliser certains moyens de subsistance tout en augmentant la valeur extraite du travail rémunéré, de la mobilité et des transferts des femmes. Des activités souvent considérées comme privées, marginales ou simplement liées à la survie deviennent ainsi visibles dans l’économie politique plus large.

Sassen cartographie plusieurs circuits distincts : migrations de travail avec ou sans statut régulier, recrutement ou exportation organisée de main-d’œuvre, transferts d’argent et économies lucratives comprenant la prostitution et la traite. Il ne faut pas confondre ces catégories. La migration n’est pas synonyme de traite, et l’argument structurel de l’article ne démontre pas que toutes les femmes intégrées à une économie transfrontalière sont contraintes ou choisissent librement dans des conditions égales. Sa portée féministe est de demander qui capte la valeur, qui supporte les risques et pourquoi le travail des femmes peut devenir indispensable tout en restant dévalorisé politiquement.

Il s’agit d’un article théorique qui propose une cartographie empirique explicitement partielle, et non d’une nouvelle enquête représentative. Sassen rapproche des ensembles de données produits à des fins différentes et s’appuie sur des travaux antérieurs concernant les effets inégaux de la dette et des programmes d’ajustement structurel. Elle précise que les données disponibles ne suffisent pas à prouver l’argument dans son ensemble ni à établir tous les liens proposés. Cette réserve est essentielle : le texte offre un cadre et un programme de recherche, pas une loi causale universelle ni une mesure actuelle des migrations féminines. Ses preuves se rapportent aux conditions économiques et aux débats des années 1980 et 1990.

Aujourd’hui, le concept vaut surtout comme série de questions à poser à des recherches locales plus récentes : lorsqu’un ménage, une entreprise ou un État dépend du travail des femmes, quel travail est comptabilisé, lequel demeure invisible et qui en reçoit les bénéfices ? Le cadre relie migration, emploi, dépenses publiques et reproduction sociale sans réduire les femmes à des victimes passives. Sa limite est l’ampleur de la catégorie « économies en développement » : il faut éprouver l’hypothèse à partir d’histoires, de politiques et de récits de femmes précis, plutôt que de l’appliquer à un Sud global supposé homogène. Mettez-le en regard de recherches contemporaines sur les travailleuses migrantes et l’économie féministe afin de distinguer la carte structurelle des données actuelles.

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