Participation politique · Projection
Chacun·e a un rôle à jouer pour inscrire les femmes sur la carte politique
La journaliste omanaise et militante des droits des femmes Rafiah Al Talei part d'une défaite électorale pour examiner les obstacles sociaux à la représentation et le poids symbolique imposé aux candidates.
Notes de projection
Lors du sommet TEDinArabic de 2023, la journaliste omanaise et militante des droits des femmes Rafiah Al Talei commence par une défaite : elle s’est présentée à un siège du Conseil consultatif d’Oman, sans être élue. Plutôt que d’y voir un manque d’ambition des femmes, elle revient sur l’évolution de leur participation politique et sur les conditions sociales, les ressources de campagne et les réseaux de soutien qui déterminent qui peut accéder à la vie publique. Elle appelle « complexe de représentation » la pression supplémentaire qui fait qu’une candidate semble ne pas parler seulement en son nom : chacun de ses gestes peut être lu comme un test pour les femmes dans leur ensemble.
Cette pression transforme une campagne individuelle en problème collectif. Si un candidat peut être jugé pour lui-même tandis qu’une candidate doit prouver que « les femmes peuvent gouverner », elle est évaluée à la fois sur son programme et comme symbole. Al Talei retrace les changements des candidatures et de la représentation des femmes entre 1994, 2003 et 2019. Ces chiffres appartiennent au récit historique qu’elle propose dans son intervention ; ils ne constituent pas un bilan complet et actuel de la participation politique à Oman. Son idée plus large est que la représentation demeure inégale et réversible, et qu’une élection ne suffit pas à raconter le progrès.
« Chacun·e a un rôle à jouer » ne devrait pas signifier que la responsabilité de l’exclusion structurelle est répartie à parts égales entre les individus. Les candidates ont besoin de plus que de courage : de procédures de sélection équitables, de moyens et de réseaux de campagne, d’espaces publics sans harcèlement et de conditions qui ne présument pas que les femmes absorberont seules le travail du soin. Les électeurs et les alliés masculins peuvent contester les conventions, mais les partis et les institutions doivent aussi changer leur manière de choisir, de financer et d’accompagner les candidates.
Faire élire davantage de femmes compte, tout comme leur liberté d’avoir des positions différentes sans être chargées de parler au nom de toutes. Le récit d’Al Talei offre un point d’entrée situé à Oman et invite à se demander à la fois qui figure sur la carte politique et qui dispose des moyens de la dessiner. Pour un autre contexte régional, voir ce texte sur la participation politique et la représentation des femmes au Liban.
Intervention et ressources complémentaires
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