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Féminisme noir · Commentaire

Mettre fin à la négligence des problèmes des femmes noires

Chapô

Jones examine le travail domestique et le racisme des organisations progressistes, exigeant la reconnaissance de l’expérience politique et du leadership des femmes noires.

FemRes / juin 1949
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Analyse de l'article

Pourquoi les femmes noires qui organisent leur communauté sont-elles traitées en débutantes lorsqu’elles rejoignent un syndicat ou un parti ? Dans Political Affairs, en juin 1949, Claudia Jones demande aux syndicats et au Parti communiste d’affronter leur propre exclusion des femmes noires des postes de direction. Son titre original, An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman!, conserve le vocabulaire racial historique. Jones attaque le capitalisme et la ségrégation, mais demande aussi des comptes au mouvement ouvrier, aux organisations progressistes et au Parti communiste des États-Unis. Le texte original de la revue n’autorise pas son lectorat à situer l’oppression exclusivement à l’extérieur de ses propres organisations.

Des tâches domestiques aux frontières toujours extensibles

Jones analyse ensemble les positions de travailleuses, de personnes noires et de femmes. Elle ne considère pas seulement l’inégalité salariale dans un même emploi, mais aussi l’exclusion raciale de certaines professions. Elle décrit la fermeture, après la guerre, d’opportunités industrielles ouvertes pendant celle-ci, qui repousse les femmes noires vers le service domestique mal payé. Des annonces présentent ensuite ce retour forcé comme une préférence personnelle. L’exclusion institutionnelle réduit les choix ; la publicité transforme son résultat en nature individuelle.

Les limites des tâches rendent le mécanisme tangible. Un emploi de nettoyage peut progressivement inclure vitres, lessive, cuisine et garde des enfants sans rémunération adéquate. Une fois rentrée chez elle, la travailleuse recommence le ménage. Jones exige donc à la fois l’organisation des employées domestiques et l’extension de leur protection sociale. Elle refuse les reports indéfinis au motif que des emplois dispersés dans des logements privés seraient difficiles à administrer. Cette dispersion pose un problème d’organisation ; elle ne justifie pas l’arrêt des droits du travail au seuil du domicile.

Des femmes blanches progressistes peuvent entretenir ces rapports comme employeuses. Se déclarer pour l’égalité tout en refusant de recruter par le syndicat, ou attendre d’une employée une amabilité constante, ne relève pas d’habitudes étrangères à la politique. Le pouvoir d’employer traverse la supposée sororité : la personne tenue d’offrir une proximité affective ne dispose pas forcément d’une liberté égale de la refuser. Jones conteste aussi la posture de l’employeuse qui s’imagine devoir expliquer l’exploitation à celle qui la connaît intimement.

À qui reconnaît-on une expérience de direction ?

Églises, associations, aide éducative et services communautaires deviennent des lieux de compétence politique, plutôt qu’une simple charité extérieure à la politique sérieuse. Jones oppose cette activité aux syndicats où les femmes noires sont parfois nombreuses mais rarement dirigeantes. Sa critique finale du parti est précise : des nouvelles adhérentes riches d’une expérience communautaire ne devraient rencontrer ni silence ni obligation d’entrer dans un modèle prédéfini avant d’être reconnues. Le prétendu manque de préparation peut révéler un refus de redistribuer l’autorité.

Race, genre et classe agissent ainsi dans des relations, plutôt que comme trois étiquettes individuelles. Les femmes blanches peuvent subir le sexisme et contrôler le travail de femmes noires. Une organisation antiraciste peut combattre la suprématie blanche tout en conservant une supériorité masculine. On ne peut juger une coalition par son seul objectif commun déclaré : qui assure les services, qui reçoit la confiance et qui fixe l’ordre du jour comptent également.

L’importance accordée aux mères noires et à leur rôle de protection familiale contredit le stéréotype d’une femme uniquement vouée aux foyers d’autrui. Elle soulève aussi une question critique : la valeur politique des femmes doit-elle encore être prouvée par le sacrifice, l’éducation et les soins ? Jones présente finalement le socialisme et la direction communiste comme voie d’émancipation complète. Pourtant, sa dénonciation initiale des discriminations internes interdit d’y voir une égalité automatiquement garantie par une orientation juste. Réduire la distance entre objectifs politiques et rapports effectifs demeure un travail à accomplir.

Le texte du Combahee River Collective permet de comparer, à différentes époques, auto-organisation des femmes noires et coalition. Cette comparaison ne doit pas transformer rétroactivement Jones en créatrice du terme ultérieur d’intersectionnalité. Demarginalizing the Intersection of Race and Sex, de Crenshaw, examine les catégories du droit antidiscriminatoire : celles-ci et la direction des mouvements constituent des problèmes liés mais distincts. Jones laisse un critère exigeant : lorsqu’une organisation propose d’aider les femmes noires, accepte-t-elle aussi d’être dirigée par elles ?

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