Économie du soin · Commentaire
Un rapport de l’OMS révèle les inégalités de genre à la racine de la crise mondiale du travail de santé et de care
L’OMS relie la concentration des femmes dans le care rémunéré et non rémunéré aux bas salaires et au sous-investissement, montrant que la crise est structurelle.
Analyse de l'article
S’appuyant sur le rapport de l’OMS Fair share for health and care, cet article montre que la crise mondiale du care ne peut être décrite comme une simple pénurie d’infirmières, d’aides ou de personnels de santé publique. Les femmes représentent environ les deux tiers de la main-d’œuvre rémunérée de la santé et du care et accomplissent plus des trois quarts du care non rémunéré. Pourtant, plus une tâche est considérée comme une vocation féminine naturelle, plus elle risque d’être sous-payée, informalisée ou exclue des mesures économiques. Les systèmes dépendent du travail des femmes tout en affaiblissant leur sécurité par les salaires, la ségrégation professionnelle et la responsabilité familiale.
Le rapport décrit un cycle qui se renforce lui-même. Le sous-investissement public renvoie la responsabilité vers les ménages ; la division inégale dans les foyers limite ensuite l’accès des femmes à la formation, à l’emploi continu et aux responsabilités. La baisse des revenus et de la protection sociale rend les familles encore plus dépendantes du travail gratuit des femmes. Ce que les politiques nomment choix individuel est donc un choix contraint par l’absence de services, la pression temporelle et les normes de genre.
L’intérêt féministe de ces chiffres n’est pas seulement de confirmer que les femmes travaillent davantage. Ils déplacent l’unité d’analyse. Le care ne sera pas réparé par la résilience individuelle, la négociation privée ou l’éloge du dévouement professionnel. Un système équitable doit traiter le care comme une infrastructure : investir dans les services publics et la protection sociale, améliorer les salaires et les conditions, reconnaître le travail non payé et associer les travailleuses et travailleurs à la conception des institutions. Sinon, l’augmentation de l’activité féminine ajoute simplement un emploi rémunéré à une seconde journée gratuite inchangée.
Cet article institutionnel ne rend pas compte de toutes les différences entre pays, classes, races, statuts migratoires et situations de handicap. Il doit être complété par le rapport intégral et par des recherches conduites avec les travailleuses et travailleurs. Son point d’entrée politique reste net : la durabilité des systèmes de santé et l’égalité de genre ne sont pas deux objectifs séparés. Un système maintenu par le surtravail des femmes peut fonctionner provisoirement, mais il produit déjà la prochaine vague de départs, de pauvreté et de besoins non satisfaits.
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