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Compañeras : récits de femmes zapatistes

Féminisme latino-américain · Livres

Compañeras : récits de femmes zapatistes

AuteurHilary Klein

Une histoire orale des coopératives, de la Loi révolutionnaire des femmes et des tensions autour des terres, du travail de soin et de l’autonomie communautaire.

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Critique et guide de lecture

Compañeras: Zapatista Women’s Stories retrace la participation de plusieurs générations de femmes au mouvement zapatiste, au Chiapas. Organisatrice engagée dans la région pendant environ six ans, Hilary Klein rassemble les récits de femmes devenues insurgées, responsables communautaires, éducatrices, soignantes ou négociatrices. Le livre ne demande pas seulement si les femmes ont pris part au mouvement, mais comment cette participation a redistribué la parole, le travail et l’autorité — et quelles relations anciennes ont persisté. L’éditeur présente l’ouvrage comme l’histoire de grands-mères, de mères et de filles qui cherchent à construire une société digne et juste (édition et présentation de l’éditeur).

La manière dont les témoignages sont réunis fait aussi partie de la lecture. Dans un entretien de 2015, Klein explique que les femmes zapatistes ont d’abord voulu conserver leurs histoires pour les partager dans leurs villages, puis lui ont demandé de contribuer à une version destinée au public extérieur. Elle décrit son rôle comme celui d’un « pont culturel » et précise qu’elle a rédigé des textes de contextualisation autour des entretiens. Cette médiation est donc visible : le livre n’est pas une transcription sans filtre de tout un mouvement, mais il ne s’agit pas non plus d’une interprétation extérieure imposée à des femmes réduites au silence. Celles-ci ont demandé le projet et y prennent la parole comme actrices politiques (transcription intégrale de l’entretien avec Klein).

Les coopératives décrites par Klein montrent que l’autonomie est aussi une question de conditions économiques. Selon son entretien, les femmes discutaient en assemblée du type de coopérative à créer : la vente d’artisanat pouvait apporter des revenus de l’extérieur, tandis que les jardins potagers ou l’élevage de poules contribuaient à nourrir la communauté. Klein explique que ces espaces réservés aux femmes ont permis à certaines de prendre la parole en public pour la première fois et de développer une force collective. Elle relève toutefois que les coopératives féminines et masculines reprenaient parfois la division sexuée du travail déjà en place. Une même pratique peut donc créer des ressources et une voix politique sans transformer entièrement la répartition du travail. Réduire la « coopérative » à un synonyme automatique d’émancipation ferait disparaître cette contradiction.

La Loi révolutionnaire des femmes constitue un autre repère. Klein décrit son élaboration et son adoption par l’EZLN en 1993, puis sa diffusion publique autour du soulèvement de 1994 ; des discussions et assemblées de femmes l’avaient précédée. Les droits énoncés concernent notamment la participation politique, la santé, l’éducation, la protection contre les violences, ainsi que les décisions relatives au mariage et aux enfants. Mais un texte de loi ne réorganise pas à lui seul la vie familiale. Klein souligne le travail d’éducation et de transformation des normes quotidiennes nécessaire à sa mise en œuvre. Le livre invite ainsi à demander non seulement ce qu’un mouvement promet, mais aussi qui assume durablement le travail permettant de tenir ces promesses.

L’entretien empêche également d’en faire un récit de réussite sans reste. Klein évoque un passage du livre où le droit des femmes à posséder ou à hériter des terres est moins fermement défendu que leur participation politique. Selon son récit, les terres acquises par le mouvement ont été réparties principalement en parcelles attribuées aux hommes, tandis que les décisions ultérieures en matière d’héritage étaient souvent laissées aux familles. Il s’agit de l’exemple rapporté par Klein, et non d’une enquête exhaustive sur toutes les communautés zapatistes. Il pose néanmoins une question féministe décisive : la présence dans les assemblées compte, mais aussi le contrôle de la terre et des ressources qui rendent l’autonomie possible. Des rôles politiques peuvent s’ouvrir tandis que des inégalités matérielles perdurent.

Ces exemples invitent à ne pas réduire les femmes autochtones à une histoire unique, qu’elle soit celle de la victimisation ou de l’émancipation révolutionnaire. L’entretien de Klein porte sur le Chiapas à une période donnée ; il ne représente ni toutes les communautés autochtones ni leur situation actuelle. Il permet en revanche d’observer comment le pouvoir de genre traverse les sphères publique et privée : qui peut sortir de chez soi, parler en assemblée, gagner ou répartir des ressources, hériter d’une terre et décider du mariage ou des enfants. Le livre est particulièrement éclairant lorsqu’on le lit comme le récit d’une autonomie collective que les femmes construisent tout en contestant la manière dont elle s’organise.

Ces débats peuvent être confrontés aux dix articles de la Loi révolutionnaire des femmes zapatistes : quels engagements sont explicites, et quelles conditions matérielles restent à interroger ? Le numéro d’origine est daté de décembre 1993 ; sa diffusion publique plus large ne doit pas transformer le texte lui-même en œuvre datée de 1994. Pour une comparaison entre six pays, poursuivre avec Radical Women in Latin America: Left and Right.

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