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Études féministes du handicap

Justice du handicap · Livres

Études féministes du handicap

Titre originalFeminist Disability Studies

AuteurKim Q. Hall

Dirigée par Kim Q. Hall, cette anthologie croise corps, littérature, race, citoyenneté, sexualité et visibilité pour relier théorie féministe et études du handicap.

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Critique et guide de lecture

Dirigée par Kim Q. Hall, Feminist Disability Studies n’est pas un ouvrage porté par une voix unique, mais une anthologie qui met en dialogue théorie féministe et études du handicap dans la philosophie, la critique littéraire, l’histoire, l’analyse politique et la performance. L’éditeur présente le volume à partir de questions sur l’incarnation, le sens du handicap, les politiques publiques et les normes définissant les capacités physiques et mentales. Cette perspective permet de poser une question plus incisive : qui peut être imaginé comme un sujet féministe à part entière lorsque l’indépendance, la productivité, la visibilité et la maîtrise du corps passent pour des conditions ordinaires ?

La table des matières dessine un parcours construit, mais pas nécessairement sans ruptures. Après un cadre théorique viennent des lectures littéraires, puis une interrogation de la « capacité » à travers nation, identité et citoyenneté. Une quatrième partie porte sur l’autonomie sexuelle et les futurs féministes queer ; la dernière nomme explicitement inclusion, exclusion et transformation. Le handicap n’est donc pas cantonné à une section sur les soins ou l’accessibilité : il est mis en relation avec la production du savoir, les formes culturelles, l’idéal étatique du citoyen apte et les conditions qui rendent l’intimité ou l’action politique reconnaissables. C’est une interprétation éditoriale de l’agencement du livre, non l’affirmation que toutes les contributrices défendent une thèse commune.

La table des matières suggère plusieurs croisements féconds. Les essais sur Georgina Kleege et la « folle » invitent à examiner la place du handicap dans l’interprétation littéraire : un corps ou un esprit peut devenir métaphore tandis que la personne réelle disparaît. La partie sur nation et citoyenneté place le texte de Nirmala Erevelles sur genre, race, handicap et temps de guerre à côté de l’étude de Jennifer C. James sur Gwendolyn Brooks, la Seconde Guerre mondiale et la politique de la réadaptation. Cette juxtaposition permet de demander comment guerre et réadaptation définissent les corps considérés comme récupérables, utiles ou dignes de reconnaissance publique. Il faut toutefois lire les essais pour savoir comment leurs autrices répondent ; leurs titres ne remplacent pas leurs démonstrations.

Un autre fil concerne la politique sexuelle. La partie intitulée « Sexual Agency and Queer Feminist Futures » rapproche le handicap du radicalisme sexuel et du débat d’Alison Kafer sur les lesbiennes sourdes et les futurs possibles. Elle ouvre une question récurrente pour les féminismes : la différence corporelle est souvent prise à tort pour une incapacité à désirer, consentir, élever des enfants ou se projeter dans l’avenir. Plutôt que de supposer que l’anthologie résout ces tensions, on peut se demander comment l’autonomie change dès lors que soutien social, accessibilité, communication et dépendance entrent dans l’analyse. Le livre d’Alison Kafer, Feminist, Queer, Crip, approfondit le cadre des futurs crip — des futurs politiques imaginés depuis l’expérience du handicap — et des coalitions.

L’intérêt du volume ne tient pas à une classification parfaitement unifiée des différences. Dans sa recension intégrale publiée en 2012, Anna Hamilton salue la diversité disciplinaire et distingue notamment les essais sur Kleege, les traces eugénistes dans le féminisme américain et Brooks. Elle conteste aussi l’analyse d’April Herndon sur la grosseur et le handicap : reconnaître leurs intersections ne devrait pas conduire à les confondre en une identité unique, ni à supposer que toute grosseur constitue un handicap. Ce désaccord est une piste de lecture, non un jugement définitif sur le chapitre. Il demande comment une coalition peut nommer des structures communes sans effacer la diversité des expériences corporelles et des manières de se définir.

Hamilton estime également que l’anthologie accorde trop peu de place aux handicaps invisibles ou peu visibles, même si sa table des matières comprend des textes sur la maladie mentale, le handicap invisible et la maladie chronique. Il faut tenir ensemble ces deux éléments : les sujets sont présents, mais la critique porte sur l’espace qui leur est accordé. Si les institutions ou les mouvements ne reconnaissent que les différences immédiatement lisibles, la visibilité devient elle-même un filtre d’accès à la vie publique. On peut donc lire le livre en demandant non seulement ce qu’il inclut, mais quelles expériences restent difficiles à percevoir, à classer ou à soutenir. Cette recension date de 2012 ; elle constitue un point de vue situé, pas un consensus actuel du champ.

Cette anthologie universitaire se prête à une lecture sélective: partir d’une question, puis comparer les sections plutôt que d’y chercher un manifeste homogène. Pour se rapprocher des pratiques militantes, la mettre en regard de Care Work: Dreaming Disability Justice de Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha: le premier livre cartographie des débats interdisciplinaires, le second se rapproche du care collectif et de l’accès collectif. Voir la notice de l’éditeur, la table des matières et la recension de Hamilton.

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