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Trajectoires genrées : femmes, travail et changement social au Japon et à Taïwan

Égalité au travail · Livres

Trajectoires genrées : femmes, travail et changement social au Japon et à Taïwan

Titre originalGendered Trajectories: Women, Work, and Social Change in Japan and Taiwan

AuteurWei-hsin Yu

Wei-hsin Yu compare un demi-siècle d’emploi féminin au Japon et à Taïwan et montre que l’organisation des entreprises, les politiques industrielles et le parcours de vie comptent au-delà d’une culture patriarcale partagée.

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Critique et guide de lecture

Gendered Trajectories part d’une énigme comparative. Le Japon est plus riche et dispose d’une protection sociale plus étendue, mais l’amélioration de la position économique des femmes y a longtemps été plus lente qu’à Taïwan. Les deux sociétés partagent histoires entremêlées, normes familiales et cultures patriarcales ; leur divergence ne peut donc être réduite à un degré de tradition. Wei-hsin Yu examine entreprises, marchés du travail et politiques industrielles, et la manière dont ils amplifient ou réduisent l’inégalité aux moments clés de la vie.

Le livre refuse de mesurer le progrès avec le taux d’emploi féminin d’une seule année. Une trajectoire comprend entrée, mariage, naissance, sortie, retour et promotion, chaque décision modifiant les possibilités suivantes. Au Japon, emploi à long terme, promotion interne et engagement intensif ont été conçus autour d’une carrière masculine sans interruption de care. Même dans les grandes entreprises, les femmes entraient plus souvent dans des filières avec moins de formation et d’avancement ; après mariage ou naissance, le retour conduisait fréquemment à l’emploi irrégulier et mal payé.

La trajectoire taïwanaise montre que des marchés internes plus faibles, davantage de petites entreprises et d’autres politiques industrielles ont créé plus de voies de maintien ou de retour. Cela ne signifie ni égalité accomplie ni flexibilité libératrice par nature. Plus d’ouvertures peuvent coexister avec moins de sécurité. L’essentiel est que les formes organisationnelles traduisent des attentes genrées semblables en conséquences professionnelles différentes.

Tendances historiques, enquêtes et entretiens replacent le choix individuel dans son institution. Une femme qui « choisit » de partir après une naissance peut affronter horaires imprévisibles, absence de garde, salaire supérieur du conjoint et récompense de l’ancienneté continue. Plus tard, le vide du CV devient preuve de capacité inférieure. Les écarts initiaux s’accumulent en différences de revenu, position, retraite et pouvoir de négociation domestique. L’inégalité n’est pas un acte isolé mais une trajectoire dépendante du chemin suivi.

La comparaison refuse aussi l’expérience occidentale comme séquence universelle de l’industrialisation. Croissance, protection sociale et modernisation ne produisent pas automatiquement la même émancipation. Une institution peut protéger la « famille » en renforçant le pourvoyeur masculin ou célébrer la flexibilité en transférant le risque aux femmes. Une réforme efficace doit joindre garde, temps de travail, promotion, assurance sociale et emploi irrégulier plutôt que demander aux femmes seules d’être compétitives.

Les données portent surtout sur la fin du XXe et le début du XXIe siècle ; elles ne répondent pas directement aux plateformes, aux politiques récentes de natalité, à la pandémie ou aux expériences queer et trans. Classe, ethnicité et migration internes méritent aussi davantage. La méthode reste forte : comparer ne sert pas à classer les nations, mais à identifier les institutions par lesquelles l’écart s’accumule dans le temps. Le livre offre une base historique solide pour comprendre pénalité maternelle, orientation professionnelle et politique du care en Asie de l’Est.

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