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Filles masculines, maris féminins : genre et sexe dans une société africaine

Féminisme africain · Livres

Filles masculines, maris féminins : genre et sexe dans une société africaine

Titre originalMale Daughters, Female Husbands: Gender and Sex in an African Society

AuteurIfi Amadiume

L’étude d’Ifi Amadiume sur la société Nnobi sépare les rôles sociaux tels que celui de fille et de mari du sexe anatomique, tout en retraçant la manière dont le régime colonial a réduit l’autorité politique et économique des femmes.

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Critique et guide de lecture

En s’appuyant sur des recherches historiques et ethnographiques menées à Nnobi, une communauté Igbo du sud-est du Nigeria, Ifi Amadiume démontre que les positions sociales communément traduites par « homme » ou « femme » n’étaient pas toujours attachées aux corps de manière fixe. Une femme pouvait devenir une « fille mâle » afin de conserver les biens du lignage, ou une « femme mari » qui épousait une femme et exerçait une autorité économique et politique reconnue. Ces arrangements n’étaient pas des identités modernes attendant d’être nommées ; il s’agissait de rôles institutionnels ancrés dans la parenté, l’héritage, la maternité et l’obligation collective.

L’intervention d’Amadiume est plus nette que l’affirmation selon laquelle l’Afrique précoloniale acceptait simplement la fluidité des genres. Elle montre que la fusion analytique du sexe, du genre et du pouvoir social obscurcit les systèmes organisés selon de multiples principes. La maternité pourrait être une source d’autorité publique, les organisations de femmes pourraient réguler les marchés et les sanctions, et la richesse ou le titre pourraient modifier la position d’une personne. La catégorie « mari » décrivait un rapport au travail, à la propriété et au lignage plutôt que de désigner automatiquement un homme ou une sexualité particulière.

L’administration coloniale a perturbé cette flexibilité. Les autorités recherchaient des chefs masculins et des chefs de famille, codifiaient les coutumes à travers des hypothèses patriarcales et réorientaient les terres, les cultures commerciales, l’éducation et la politique formelle vers les hommes. La moralité missionnaire qualifie également les arrangements indigènes de déviants ou d’inintelligibles. Le livre explique ainsi comment le colonialisme a fait plus que supprimer les femmes ; cela a changé la grammaire à travers laquelle l’autorité et la différence pouvaient être reconnues.

Pour la théorie féministe et queer, le travail reste génératif car il refuse de laisser les catégories euro-américaines constituer une histoire universelle. En même temps, il ne faut pas l’utiliser pour prétendre que la société Nnobi manque de hiérarchie, de coercition ou de différence sexuelle. La mobilité sociale était structurée par le lignage, la richesse, la reproduction et le statut, et les rôles disponibles n’étaient pas équivalents aux identités contemporaines auto-définies. Sa valeur réside dans une comparaison disciplinée, et non dans le fait de faire de l’Afrique l’évidence d’un slogan d’aujourd’hui.

Lire aux côtés d’Oyěwùmí, Filles mâles, maris femmes s’inscrit dans un débat décolonial plus large sur la connaissance. La traduction peut fabriquer des binaires ; les archives ne peuvent enregistrer que les autorités que le gouvernement colonial a choisi de reconnaître ; et les concepts féministes doivent rester responsables devant les sociétés qu’ils décrivent. Le livre donne aux lecteurs un cas concret pour repenser le genre comme une institution plutôt que comme une propriété incontestée des corps.

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