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Patriarcat et capitalisme

Féminisme marxiste · Livres

Patriarcat et capitalisme

Titre original家父長制と資本制

AuteurChizuko Ueno

« Patriarcat et capitalisme » est une œuvre théorique représentative de la sociologue féministe japonaise Chizuko Ueno, analysant systématiquement comment le patriarcat et le capitalisme fonctionnent ensemble comme deux systèmes d'exploitation, provoquant une double oppression des femmes. Ce livre est un texte classique du féminisme marxiste, inestimable pour comprendre la signification économique du travail domestique non rémunéré des femmes.

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Critique et guide de lecture

« Patriarcat et capitalisme » (japonais : 家父長制と資本制, Kafuchōsei to Shihonsei) est un ouvrage théorique publié en 1990 par la célèbre sociologue féministe japonaise Chizuko Ueno (1948-). Ce livre analyse systématiquement comment le « patriarcat » et le « capitalisme » — deux systèmes d’oppression apparemment indépendants — s’entrelacent et se renforcent mutuellement, constituant ensemble une exploitation structurelle des femmes. C’est un texte classique du féminisme marxiste et une ressource théorique importante pour comprendre la situation contemporaine du travail des femmes.

Au début du livre, Ueno pose une question fondamentale : Pourquoi le travail des femmes — en particulier le travail domestique et le travail de soin — est-il considéré comme « non rémunéré » ? Pourquoi les femmes dans la société capitaliste portent-elles universellement un double fardeau (travailler tout en faisant les tâches ménagères) ?

La réponse du marxisme traditionnel à cette question est insuffisante. Le marxisme a analysé l’exploitation des travailleurs par les capitalistes, mais il s’est principalement concentré sur le travail rémunéré se produisant dans les sphères publiques comme les usines et les bureaux, tout en négligeant le travail non rémunéré se produisant au sein des ménages. Pourtant, c’est précisément ce travail non rémunéré — cuisiner, nettoyer, s’occuper des enfants et des personnes âgées — qui rend possible le travail rémunéré.

L’argument central d’Ueno est que les femmes sont simultanément exploitées par deux systèmes d’oppression.

Le capitalisme exploite la plus-value créée par les travailleurs. Les salaires que les capitalistes versent aux travailleurs sont inférieurs à la valeur que les travailleurs créent ; la différence est la plus-value, appropriée par les capitalistes. Cette exploitation s’applique aux travailleurs masculins et féminins.

Le patriarcat exploite le travail domestique des femmes. Les maris (et plus largement, les familles et la société) jouissent des services domestiques fournis par les épouses — repas, vêtements propres, soins — sans payer aucune compensation. Cette exploitation cible les femmes.

Le point clé est que ces deux systèmes ne fonctionnent pas séparément mais sont interdépendants. Le capitalisme a besoin que les travailleurs apparaissent chaque jour sur le lieu de travail en bonne santé et énergiques, et cette « reproduction de la force de travail » est accomplie précisément par le travail domestique non rémunéré des femmes. En d’autres termes, le capitalisme fonctionne parce qu’il exploite gratuitement le travail des femmes.

« Patriarcat et capitalisme » passe systématiquement en revue le célèbre « débat sur le travail domestique » du féminisme occidental des années 1970. La question centrale de ce débat était : Le travail domestique crée-t-il de la valeur ? Devrait-il recevoir une compensation ?

Certaines féministes (comme Mariarosa Dalla Costa) ont plaidé pour des « salaires pour le travail ménager », arguant que les États ou les maris devraient payer des salaires pour le travail domestique. D’autres se sont opposées à cette revendication, croyant qu’elle renforcerait l’association des femmes avec le travail domestique plutôt que de les libérer.

Ueno a examiné les positions des différentes parties dans ce débat et a offert sa propre analyse : que des salaires doivent être payés ou non, l’essentiel est de reconnaître la valeur économique du travail domestique et comment il soutient l’ensemble du système capitaliste.

Ueno introduit le concept de « travail reproductif » pour analyser la spécificité du travail des femmes. Le « travail reproductif » comprend :

  • Reproduction quotidienne : Travail qui restaure quotidiennement la force de travail (cuisine, lessive, nettoyage, etc.)
  • Reproduction générationnelle : Travail de porter et d’élever la prochaine génération de force de travail (grossesse, accouchement, garde d’enfants)
  • Reproduction sociale : Travail de maintien des relations sociales et des liens émotionnels (soin des personnes âgées, maintien des relations familiales)

La grande majorité de ce travail est effectuée par des femmes, et presque tout est non rémunéré. Pourtant, sans ce travail, la « production » capitaliste ne pourrait pas se poursuivre. Le travail reproductif est une infrastructure invisible soutenant l’ensemble du système économique.

Une question intéressante est : À quelle classe appartiennent les femmes au foyer à temps plein ?

Le marxisme traditionnel définit généralement la classe des femmes au foyer selon la profession de leurs maris (par exemple, « femme au foyer d’une famille ouvrière »). Mais Ueno souligne que cette approche obscurcit la position de classe unique des femmes au foyer — elles sont en fait des travailleuses exploitées au sein du ménage. En ce sens, toutes les femmes au foyer, que leurs maris soient travailleurs ou capitalistes, sont dans une position exploitée.

Cette analyse a d’importantes implications politiques : les femmes ne peuvent pas compter uniquement sur la lutte des classes pour leur libération, car la lutte des classes se concentre souvent uniquement sur l’exploitation dans la sphère publique tout en ignorant l’exploitation patriarcale dans la sphère privée. Les femmes doivent lutter à la fois contre le capitalisme et contre le patriarcat.

« Patriarcat et capitalisme » a été publié en 1990, mais son analyse reste — voire est encore plus — pertinente aujourd’hui.

Le développement de la mondialisation et du néolibéralisme a encore marchandisé et externalisé le travail reproductif. Les femmes de la classe moyenne dans les pays riches peuvent se « libérer » en embauchant des travailleuses domestiques étrangères bon marché, mais cela ne fait que transférer l’exploitation à un autre groupe de femmes. Pendant ce temps, l’expérience du « travail à domicile » pendant la pandémie a rendu la distribution inégale du travail reproductif encore plus visible — quand le travail entre dans l’espace domestique, ce sont généralement les femmes qui portent le fardeau supplémentaire.

Pour tout lecteur souhaitant comprendre la situation économique des femmes, la valeur du travail non rémunéré et comment le genre et la classe se croisent, « Patriarcat et capitalisme » est un ouvrage théorique indispensable.

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