
Théorie queer · Livres
Assemblages terroristes
l’homonationalisme à l’ère queer
Titre originalTerrorist Assemblages: Homonationalism in Queer Times
Puar analyse comment l’inclusion sélective des personnes queer peut accompagner l’exclusion racialisée, en reliant sexualité, nationalisme et sécurité.
Critique et guide de lecture
Un État peut reconnaître certaines personnes queer comme citoyennes exemplaires tout en renforçant sa suspicion envers d’autres populations racialisées. Terrorist Assemblages, de Jasbir K. Puar, examine comment ces processus peuvent progresser ensemble. Paru en 2007, le livre intervient dans les politiques américaines de l’après-11-Septembre, en reliant sexualité, guerre, sécurité, race et appartenance nationale. Il conteste l’équivalence automatique entre non-conformité sexuelle et opposition politique.
L’édition retenue est le poche augmenté du dixième anniversaire, paru en décembre 2017, ISBN 9780822371502, avec une préface de Tavia Nyong’o et une nouvelle postface de l’autrice. Dans son avant-propos original, Puar expose son intervention et ses méthodes. L’édition ultérieure situe ce travail dans un autre moment politique ; un anniversaire ne transforme pas les cas historiques en observations du présent.
Protection et exclusion dans un même champ politique
L’homonationalisme désigne une relation analytique, pas simplement une insulte envers des homosexuels conservateurs. La reconnaissance de citoyens sexuels respectables peut permettre de présenter la nation comme moderne et tolérante face à un extérieur supposément arriéré et menaçant. Dans cette configuration, inclusion queer et exclusion racialisée ne sont pas nécessairement opposées. Quelles vies deviennent la preuve de la vertu nationale, et quelles sexualités servent à établir la dangerosité d’autrui ?
L’avant-propos part des controverses entourant l’exécution de deux jeunes hommes en Iran en 2005 et des protestations internationales de 2006. Puar examine les désaccords sur les faits, l’identification des victimes et les formes de solidarité. Il ne s’agit pas de décider de leur identité à partir d’une photographie ou de répéter comme établis des récits contestés. Il faut comprendre comment une affaire incertaine devient rapidement une histoire familière de victimes homosexuelles, de nation intolérante et de sauveur occidental.
Cette interrogation ne minimise pas les violences envers les minorités sexuelles. Elle demande comment s’y opposer sans supposer que le cadre international le plus disponible représente correctement les personnes concernées. Une politique du sauvetage peut élargir l’attention tout en restreignant les figures de victimes reconnues comme intelligibles. Analyser aujourd’hui un tel cadre exige des preuves sur des acteurs et des institutions précis, plutôt que de supposer un programme identique derrière chaque campagne transnationale de défense des droits.
Ce que rend visible un assemblage
Puar met en relation documents gouvernementaux, médias, décisions juridiques, déclarations militantes et matériaux ethnographiques. Son avant-propos décrit des entretiens ainsi que sa participation à des réunions, manifestations et événements communautaires. Ce n’est pas une enquête d’opinion représentative. Rapprocher des matériaux hétérogènes permet de suivre des relations qu’une seule archive institutionnelle ou une catégorie identitaire stable pourrait laisser séparées.
L’assemblage ne consiste donc pas à dresser une liste d’identités qui se croisent. Il attire l’attention sur les rapports entre corps, affects, technologies, institutions et événements politiques, y compris ceux que les personnes impliquées ne maîtrisent pas intentionnellement. Une conséquence excluante n’exige pas que chacun l’approuve consciemment. L’enjeu est de suivre la convergence des forces, sans employer un mot à la mode pour masquer l’absence d’un mécanisme précis.
Les chapitres annoncés relient les discours du terrorisme, les politiques sexuelles d’Abou Ghraib, la reconnaissance juridique et le profilage racial. Ces directions situent la sexualité au cœur de l’organisation de la sécurité, plutôt que d’en faire une identité privée seulement affectée ensuite par les politiques publiques. Elles permettent de suivre comment protection, soupçon et appartenance se définissent mutuellement, tout en maintenant les différences entre situations juridiques et historiques.
Dans l’entretien ultérieur d’Oishik Sircar avec Puar, la circulation du concept devient elle-même un problème. La discussion met en garde contre son utilisation pour séparer les personnes queer supposément pures et contestataires de celles qui seraient compromises. Le cadrage situé que l’intervieweur donne de la politique indienne n’est pas davantage un ensemble de résultats empiriques à attribuer en bloc au livre de Puar paru en 2007.
Une tension demeure entre diagnostiquer l’inclusion sélective et reconnaître des droits difficilement conquis. La critique perd sa portée si elle traite chaque avancée juridique comme illusoire, rend les communautés interchangeables ou évite de juger des dommages concrets au nom du soupçon. Il faut demander quels acquis existent, comment ils sont distribués, quelles institutions les enrôlent dans des récits nationaux et quelles exclusions persistent à leurs côtés. Cela ne suppose aucune position politique innocente, extérieure à toute implication.
Gender Trouble ouvre une autre réflexion sur l’instabilité des identités et des normes ; Feminism Without Borders examine l’organisation de la solidarité entre positions inégales. Mothers, Monsters, Whores étudie les explications genrées de la violence politique. Ces rapprochements rattachent la critique queer à des rapports de pouvoir précis, plutôt qu’à un jugement porté sur une identité.
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