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Femme, nation, État

Nationalisme · Livres

Femme, nation, État

Titre originalWoman-Nation-State

AuteurNira Yuval-Davis and Floya Anthias

Le volume dirigé par Nira Yuval-Davis et Floya Anthias analyse l’interaction entre nationalisme, formation de l’État, politique familiale et rôles politiques des femmes.

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Critique et guide de lecture

Publié à la fin des années 1980, Woman-Nation-State a contribué à établir le genre comme constitutif du nationalisme plutôt que comme un ajout optionnel à son étude. Dans neuf sociétés, les contributeurs examinent comment les États et les communautés ethniques ou nationales positionnent les femmes en tant que reproductrices biologiques, transmetteuses de culture, marqueurs des frontières communautaires, symboles de la différence nationale et participantes à la lutte politique. Les politiques concernant le mariage, la fécondité, la citoyenneté, le bien-être, l’éducation et la sexualité deviennent donc des instruments centraux de la construction nationale. Le recueil montre que la nation imaginée comme une famille dépend d’idées de la féminité fortement régulées.

Ce cadre clarifie un dilemme féministe persistant. Les projets nationaux et anticoloniaux peuvent mobiliser les femmes en tant qu’activistes tout en restreignant les conditions de leur appartenance ; les États peuvent proclamer l’égalité tout en utilisant la politique reproductive, le droit de la famille ou les règles de citoyenneté pour discipliner les minorités. Les femmes ne sont ni simplement des victimes du nationalisme ni automatiquement libérées en y participant. Leur situation est façonnée par la classe sociale, l’ethnicité, la migration, la religion, ainsi que par la distinction entre l’adhésion formelle et les droits effectifs. En comparant différents contextes historiques, le livre permet de voir comment la « tradition » et la « modernisation » peuvent toutes deux devenir des langages pour gouverner le genre.

Certaines catégories dans le volume reflètent son époque. L’accent mis sur les femmes en tant que reproductrices biologiques peut sembler hétéronormatif s’il est détaché des recherches queer et trans, et des travaux ultérieurs ont développé des analyses plus complètes sur le colonialisme des colons, la racialisation, le handicap, la diaspora et la citoyenneté non binaire. Les lecteurs doivent également éviter de transformer un cadre comparatif en modèle universel. Même ainsi, Woman-Nation-State reste fondamental parce qu’il change l’objet d’analyse : la politique familiale, le contrôle des populations, le respect culturel et le droit des frontières ne sont pas des questions sociales périphériques mais des technologies politiques de la nation. Pour FemRes, il fournit un vocabulaire durable pour se demander qui est invité à reproduire un peuple, incarner son honneur et payer pour sa continuité imaginée.

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